Retour en terre genevoise pour Marek Janowski, qui vient diriger au Victoria Hall ce qui fut « son » orchestre de 2005 à 2012. Les fidèles de l'Orchestre de la Suisse Romande connaissent bien le maestro ; c’est avec gourmandise qu'ils attendent leurs retrouvailles avec celui qui a marqué son passage par la qualité de sa direction et son application à ne rien lâcher. En cette soirée Schumann, c’est non seulement la qualité de l’interprétation, mais surtout l’absolue attention portée au détail, à la perfection de la forme et des équilibres qui vont subjuguer l’auditeur.

Marek Janowski © Felix Broede
Marek Janowski
© Felix Broede

Le son est ramassé et dense. Dans l'introduction haletante de la Symphonie n° 3 dite « Rhénane », on perçoit une jubilation sereine des cuivres, sur un coussin superbe de cordes. L’Orchestre de la Suisse Romande est romantique à souhait, mais l’attention est de revenir systématiquement à la retenue, pour mieux redévelopper les sentiments dans une emphase maîtrisée. À l’œuvre de ce romantisme, la petite harmonie est merveilleuse, tant le duo de la flûtiste Sarah Rumer et de la hautboïste Nora Cismondi fonctionne à merveille, se faisant le moteur dynamique du groupe. Dans un dialogue subtil, l’une et l’autre rivalisent d’effets qui ravissent l’auditeur, sans jamais que la flûte ne couvre le propos. Le hautbois ne vient pas non plus appuyer sur le son en forçant sur le vibrato ou la nasalité.

Autre élément superlatif de la soirée, le pupitre de cors : au milieu des brillantes interventions des musiciens émergent les passages solistes d’Alexis Crouzil, dont on apprécie les qualités de fondu dans les tutti mais aussi la beauté des phrasés et du son lorsqu’il s’agit de prendre la parole. Quel abattage, quelle splendeur de timbre et de musicalité ! Le « Scherzo » offre à entendre la belle entrée du pupitre de violoncelle, les beaux aplats de cors relayés par une petite harmonie subtile, sur des cordes idéalement suaves. Superbes, les timbales font preuve d'une douceur admirable, ponctuant l'ensemble dans un amorti parfait.

« Nicht schnell », le troisième mouvement offre un apaisement d’une douceur totale, avant que ne vienne nous saisir l’émotion crépusculaire du « Feierlich » que Marek Janowski sait doser à la perfection. C’est avec une joie communicative que le chef se lance dans le cinquième et dernier mouvement (« Lebhaft ») qui fourmille de vie, à l’instar de la trompette étincelante d’Olivier Bombrun qui rivalise de brillance avec les cors : la jubilation est à l’œuvre !

De cette superbe « Rhénane » nous passons à la Symphonie n° 2 en ut majeur. L'œuvre donne à entendre elle aussi la grande maîtrise de Marek Janowski face à un Orchestre de la Suisse Romande qui suit à merveille les indications et continue dans la lancée de la première partie : équilibre, justesse des dynamiques, tension dans les phrasés, perfection de la forme et néanmoins allant... Quel bonheur musical ! En particulier, le superbe « Adagio espressivo » permet d’entendre la grande musicalité de Nora Cismondi au hautbois, stratosphérique de timbre et d’émotion. Le basson d’Afonso Venturieri offre en retour une somptueuse demi-teinte, parant ses phrases d’une douceur des plus abouties. Quelle maîtrise faut-il pour oser des phrases si suspendues, pianissimo, et ainsi laisser chanter l’émotion schumanienne, faite de cette sincérité simple et touchante.

En conclusion de la soirée, l'« Allegro molto vivace » montre que l’on peut jubiler sans pour autant saturer. Les vagues successives de cordes auront été superbes jusqu'au bout, les cuivres superlatifs, menant à une apothéose grandiose. Le couronnement d'un concert d’une exceptionnelle qualité artistique !

*****