En cette rentrée musicale toulousaine, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse fêtait les dix ans de sa première collaboration avec T. Sokhiev devenu, en 2008, le chef de la formation. Le maestro ouvre la soirée avec les accords dramatiques de l’ouverture de Rosamunde de Franz Schubert puis le dialogue léger des bois. Les nuances restent très contrôlées et modérées, T. Sokhiev abandonnant même la direction des mains pour un petit haussement d’épaule et un léger déhanché sur les contretemps de la ritournelle. La cavalcade entraînante de la fin de la pièce contraste avec la douceur du thème et entraine le public en plein dans sa soirée.

Elisabeth Leonskaja © Julia Wesely
Elisabeth Leonskaja
© Julia Wesely

Elisabeth Leonskaja rejoint l’orchestre pour le célèbre concerto de Grieg pour piano en la mineur. L’entame est forte mais dosée, et l’on a déjà presque envie d’applaudir après la première cadence de la virtuose et alors que l’Allegro commence à peine. Celui-ci se déroule à une vitesse confortable, pas trop rapide, n’évitant pourtant pas quelques petits accrochages. Dans l’Andante, T. Sokhiev s’emploie à faire sonner du mieux possible ses cordes, demandant un vibrato imposant. Très discrète sur les arpèges, E. Leonskaja est très souvent couverte par l’orchestre lors des tutti et n’émerge que dans les parties entièrement solistes. Le chef d’orchestre reste attentif au moindre geste de la virtuose et coordonne parfaitement son ensemble. L’Allegro reprend avec un thème de flûte dont le timbre très travaillé renvoie à des atmosphères bucoliques. Acclamée, E. Leonskaja, ne faisant pas mentir sa timidité et sa modestie légendaires, offre un baiser et une fleur à T. Sokhiev, ainsi qu’une fleur au premier violon solo. Puis elle dépose en offrande son propre bouquet sur le piano avant de filer en coulisse malgré les nombreux saluts réclamés par le public. Elle offre au public le prélude Feux d’artifice de Claude Debussy, plein de virtuosité, mais aussi d’humour, alternant entre force et délicatesse. Une petite pièce finalement très à son image. L’entracte intervient avant l’œuvre orchestrale : la Symphonie n°8 d’Antonin Dvořák .

Le maestro abandonne sa baguette pour les trois premiers mouvements de la pièce, accompagnant d’un geste rond de la paume de la main les mélodies fluides du compositeur hongrois, et ne la reprenant que pour l’Allegro final beaucoup plus piquant et détaillé dans sa direction. L’œuvre, très inégale, alterne des évocations populaires avec des ambiances modales comme par exemple un mode avec seconde augmenté, et des enchaînements plus classiques de marches et effets de variation. Altos et violoncelles ouvrent la symphonie de façon mélancolique et épanchée, contrastant avec les tutti plein d’héroïsme. Le hautbois et la clarinette de l’Allegretto grazioso annoncent sans nul doute la très célèbre mélodie du second mouvement de la neuvième symphonie, de quatre ans sa cadette. Le timbre des cuivres, dans le dernier mouvement, est extrêmement soigné par T. Sokhiev, de la sonnerie initiale des trompettes soutenues par les timbales aux envolées du quintette de cors dans l’exposition et la réexposition. Face à une telle œuvre, le chef avait visiblement choisi de travailler sur le timbre des mélodies et les éclairages des couleurs harmoniques, et ce afin de lui conférer plus de relief. Les saluts vont à l’orchestre, mais également au premier hautbois qui récolte les cris et fracas de ses camarades. Dans un moment plein d’émotion, T. Sokhiev salue son musicien qui venait de passer sa dernière soirée avec l’ONCT. Cette première soirée marquait alors à la foi l’existence du riche passé de l’orchestre et un renouveau toujours présent.

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