Si Le Songe d’une Nuit d’Eté a souvent été dansé à l’Opéra de Paris, la version chorégraphiée par George Balanchine en 1962, au répertoire de nombreuses compagnies, n’avait encore jamais été présentée au public parisien. Cette nouvelle production a nécessité le concours appuyé du Balanchine Trust, afin de recréer la chorégraphie originale et de guider Christian Lacroix dans la reconstitution des décors et des costumes imaginés par Barbara Karinska. Quoiqu’esthétique, grâce à une danse musicale et une mise en scène éclatante, le Songe de Balanchine n’a cependant pas la profondeur d’autres adaptations précédemment dansées à l’Opéra, dont notamment celle de John Neumeier.

Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion, <i>Le Songe d'une Nuit d'Eté</i> © Agathe Poupeney | Opéra national de Paris
Eleonora Abbagnato et Stéphane Bullion, Le Songe d'une Nuit d'Eté
© Agathe Poupeney | Opéra national de Paris

Pastorale enchantée, Le Songe d’une Nuit d’Eté est un tourbillon sentimental, où les désirs surgissent, se croisent et s’épanouissent le temps d’une chaude nuit. Dans une forêt non loin d’Athènes, Titania (Eleonora Abbagnato) et Obéron (Paul Marque), roi et reine des fées, se disputent un jeune enfant indien, que Titania a pris sous son aile et dont Obéron veut faire son page. Titania s’obstinant, Obéron conçoit une vengeance et envoie Puck, un lutin, cueillir une fleur aphrodisiaque pour piéger Titania. Peu après, Obéron croise dans la forêt deux jeunes gens, Héléna (Fanny Gorse) et Démétrius (Audric Bezard), qui repousse brutalement les avances de sa compagne, éperdument amoureuse de lui. Obéron suggère à Puck d’utiliser sa fleur magique sur Démétrius pour mettre fin au chagrin d’Héléna. Mas le hasard met un autre couple, Hermia (Laetitia Pujol) et Lysandre (Alessio Carbone), fiancés l’un à l’autre, sur la route de Puck. Celui-ci asperge Lysandre, au lieu de Démétrius, qui tombe irrésistiblement amoureux d’Héléna, au désespoir d’Hermia. Puck change ensuite un homme en âne, l’amène auprès de Titania et profite de son sommeil pour tremper les paupières de la reine de la sève aphrodisiaque de la fleur magique. Celle-ci s’éveille et s’entiche de l’âne. Obéron constatant le désordre répandu par le facétieux Puck, l’enjoint de dissiper ses enchantements. L’ordre revenu, le jour se lève, sans qu’aucun des protagonistes ne se souvienne de la folie amoureuse qui s’est emparée d’eux durant la nuit, sinon sous la forme d’un étrange songe.

Sae Eun Park et Karl Paquette © Agathe Poupeney | Opéra national de Paris
Sae Eun Park et Karl Paquette
© Agathe Poupeney | Opéra national de Paris
L’œuvre de Shakespeare évoque en liminaire le désir caché de sensualité à travers l’opposition entre les mondes nocturne et diurnes, où l’infidélité et la lubricité – même animale – se réalisent dans le secret de la nuit, avant que le jour ne vienne rétablir l’ordre. Le décorum de la bacchanale estivale a ainsi inspiré de nombreux chorégraphes, de Petipa à MacMillan, en passant par Neumeier, qui explorait la connotation freudienne de la pièce de Shakespeare. 

Balanchine s’inspire davantage du caractère bucolique et enchanté du Songe que de sa sensualité, et en tire une chorégraphie esthétique, florale, musicale, développant particulièrement la danse féminine. Avec deux actes, il délimite la frontière entre la nuit où l’action se déroule (acte I) et le jour où les mariages des différents couples sont célébrés (acte II). La chorégraphie de Balanchine donne à voir une danse légère et classique, émaillée de nombreuses variations, dont l’interprétation par le Ballet de l’Opéra de Paris est fluide. On retiendra surtout la technique affirmée de Sae Eun Park dans le divertissement (allégorie de l’harmonie retrouvée) du second acte.

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