Avec Stéréoscopia, Vincent Dupont propose une nouvelle expérimentation chorégraphique en mettant en scène le procédé de stéréoscopie, illusion visuelle permettant de voir une image en relief, découvert à la Renaissance.

© Marc Domage
© Marc Domage
Aussi étrange que puisse paraître la démarche de mise en relief d'un espace déjà en trois dimensions, l’exploration de Vincent Dupont ne manque pas d’originalité. La stéréoscopie, qui fonctionne en juxtaposant deux images identiques avec un léger espacement, est traduite dans Stereoscopia par la séparation de la scène en deux espaces distincts dans lesquels évoluent deux danseuses en canon. Celles-ci arrivent sur scène en rampant dans un immense tissu noir masquant en partie leur corps. Puis elles s’élèvent, silhouettes irréelles coiffées de chapeaux qui semblent happer leur tête, avant de s’extirper de leur cape. Les deux scènes séparées se rejoignent alors, et les danseuses, qui, précédemment, dansaient en parallèle, esquissent maintenant des mouvements distincts.

L’éclairage intermittent au néon blanc, et plus tard rouge et vert, accentue les contrastes et rappelle les premières lunettes 3D. S’il ne fait aucun doute que la vision procurée par cette performance est curieusement distendue, la surface paraît pourtant étrangement plane. Le cadre noir qui entoure la scène en fait un écran, aplati, que les danseuses tentent finalement de percer à grands coups de perches. Si le dispositif de lumières (imaginé par Vincent Duont et Arnaud Lavisse) rend avec justesse cette impression d’irréalité, il faut toutefois reconnaître que la transcription chorégraphique du système de stéréoscopie n’est pas très probante. Les interprètes de la performance peinent d’ailleurs sur ce jeu de décalage et l’écart entre leur mouvement manque parfois de précision.   

L’expérience n’en reste pas moins une véritable immersion individuelle. La pièce est plongée dans l’obscurité. Chaque siège est équipé d’un casque audio. L’isolement forcé tout comme la bande-son composée  exclusivement de bruitages – qui sculptent l’espace scénique et dictent les mouvements – nous connectent ainsi directement à la scène.

Quoiqu’intégré à un parcours « enfance & jeunesse », ce programme pourrait rebuter, voire effrayer, des enfants en bas âge et leurs parents – aussi fervents de nourritures contemporaines soient-ils. Les inquiétantes silhouettes étêtées des danseuses, drapées de noir et crûment éclairées au néon, tout comme l’abstraction angoissante de la bande-son, pourraient sans doute susciter quelques interrogations – sinon cauchemars – chez les plus jeunes. Sans même évoquer l’apparition finale et inexplicable d’un voile fantomatique au milieu de la scène.