C’est bien le genre d’initiative numérique hautement salutaire en cette période mais à laquelle on ne voudrait pas trop s’habituer. Ce deuxième confinement autorise les musiciens à répéter et jouer dans le cadre de captations audiovisuelles destinées à être largement diffusées sur Internet, notamment au travers des réseaux sociaux. Comme nombre de phalanges françaises, l’Orchestre National de Lille a donc décidé de donner rendez-vous au public dans son « Audito 2.0 », chaque samedi à 20h sur sa chaîne YouTube, en suivant le fil de sa programmation initiale avec néanmoins quelques aménagements. C’est ainsi que se présente ce samedi soir le chef et hautboïste François Leleux dans un Nouveau Siècle désespérément vide, saluant virtuellement les spectateurs qui peuvent suivre en direct un concert également disponible à la réécoute.

L'Orchestre National de Lille sous la direction de François Leleux © Ugo Ponte / onl
L'Orchestre National de Lille sous la direction de François Leleux
© Ugo Ponte / onl

Écouter un concert depuis chez soi ne procure évidemment pas les mêmes sensations qu’un live. Visuellement, le regard est orienté là où le réalisateur veut bien mener le spectateur et tout le monde n’a pas les mêmes conditions d’écoute chez soi. Si le concert en streaming ne remplacera jamais l’expérience en direct depuis la salle, il n’en reste pas moins que tous les efforts déployés par les équipes de l’Orchestre National de Lille ne sont pas restés vains. La réalisation de Nicolas Foulon est bien dosée, ni trop intrusive (pas de gros plans dérangeants !), ni trop statique (quelques effets de zoom avant et arrière donnent une belle fluidité d’image) et les lumières équilibrées, avec des spots rouges placés à l’arrière de la scène pour donner une chaleur discrète à l’ensemble.

Côté musique, on reste toujours impressionné par la cohésion de cet orchestre, dont l’immense travail effectué par le directeur musical Alexandre Bloch autour du cycle Mahler est encore perceptible. Les cordes sont d’une belle homogénéité tout le long de la Symphonie de chambre de Chostakovitch, qui est une transcription du Quatuor à cordes nº 8. D’une inquiétante sobriété dans le « Largo » initial, les instrumentistes enchaînent avec deux mouvements rapides précis et d’une causticité particulièrement louable. L’œuvre se termine dans un silence pesant qui n’est pas sans rappeler la période angoissante que nous vivons.

Les musiciens ont avant cela offert deux pièces plus réjouissantes. Une Sérénade pour 13 instruments à vents d’un tout jeune Richard Strauss, interprétée avec beaucoup de grâce, où peuvent briller les solistes de la petite harmonie : la flûte féline de Clément Dufour ou bien le hautbois très chantant de Baptiste Gibier, encouragé par son collègue François Leleux à la gestique parfois peu conventionnelle mais très énergique.

François Leleux et l'Orchestre National de Lille © Ugo Ponte / onl
François Leleux et l'Orchestre National de Lille
© Ugo Ponte / onl

Énergique, il l’est aussi et surtout dans le Concerto pour hautbois de Mozart, cheval de bataille de tous les hautboïstes : l'œuvre est très souvent demandée en concours d’orchestre et c'est un passage obligé pour tout soliste. Leleux, dont on ne compte plus les interprétations de ce concerto, est à son aise. Détaché souverain, legato infini, sonorité ronde, palette de nuances infinie (ces pianissimos), maîtrise insolente du suraigu… Tout y passe, méritant largement le titre de « meilleur hautboïste de la planète » attribué dans la description sous la vidéo ! Plus fantaisiste qu’Alexandre Gattet un mois plus tôt, Leleux affirme sa personnalité musicale quitte à parfois exagérer dans des cadences très virtuoses. À noter qu’il fait le choix du « jouer-diriger », qui oblige l’orchestre à une écoute des plus attentives, surtout dans les moments où notre hautboïste national décide d’étirer le tempo à sa guise.

Si on souhaite au plus vite retrouver les salles de concert, ces événements « en distanciel » permettent à l’Orchestre National de Lille de maintenir un lien avec son public, et de montrer que deux confinements n’ont pas ébranlé les qualités collectives et individuelles qu’on lui connaît.

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