Pour ce programme pour le moins éclectique, l’Orchestre National du Capitole de Toulouse accueillait le très jeune mais non moins talentueux chef américain Joshua Weilerstein et la violoniste lettone Baiba Skride. Tous deux spécialistes du paysage scandinave par naissance ou par adoption, les deux musiciens étaient en tout premier lieu réunis ce soir autour de la pièce centrale de Jean Sibelius, le Concerto pour violon en ré mineur. Ce choix de placer le violon au cœur de la soirée était sans doute plus qu’un hasard, puisque J. Weilerstein, qui dirige notamment le Philharmonique de New York, est également violoniste de haut niveau, tout comme l’était le compositeur scandinave.

Joshua Weilerstein © Felix Broede / Intermusica
Joshua Weilerstein
© Felix Broede / Intermusica
L’incipit musical nous faisait pourtant d’abord fréquenter des terres moins éloignées avec François Couperin, revisité par le compositeur londonien contemporain Thomas Adès révélé en 2004 par son opéra The Tempest inspiré de l’ouvrage de Shakespeare. Visiblement tourné vers le passé et ses grands maîtres, il adapte en 2006 trois pièces tirées des différents recueils pour clavecin du compositeur français pour orchestre : Les Amusements (IIè livre), Les Tours de passe-passe (IVè livre) et L’Âme en peine (IIIè livre), réunies sous le titre Three Studies from Couperin. Au-delà du simple exercice de style, le travail sur le timbre est intéressant, en particulier avec l’utilisation du xylophone, ainsi que grâce à la conservation des jeux d’écriture contrapuntique. Mais ce genre d’arrangement est souvent complexe, voire titanesque, pour un résultat bien souvent très réduit. Dans le cas présent on reste relativement indifférent et peu enthousiaste face à cette pièce.

D’un pas pressé, le maestro accompagne l’entrée de Baiba Skride munie de son Stradivarius afin d’entamer le fameux concerto du compositeur finlandais. Dès l’Allegro moderato, on saisit tout le soin apporté par le compositeur à la partie du soliste : nombreuses cadences sans l’orchestre, foisonnement de doubles cordes et d’accords. Baiba Skride fait sonner sans difficulté ces nombreux traits virtuoses et s’attarde sans langueur sur les phrases très vibrées de l’Adagio di molto. Le Finale est très contrôlé par la baguette de J. Weilerstein, attentif. Restant dans le même ton que le concerto, la violoniste exécute en rappel la célèbre Sarabande de la Partita no. 2 avec ses reprises, sans vibrato, suspendant un moment l’atmosphère de la salle.

J. Weilerstein revient après l’entracte pour la dernière œuvre de la soirée : la Symphonie no. 3 en la mineur dite « Écossaise ». Entamant l’Andante con moto très martial par des gestes doux et amples, il se met à plonger les bras vers l’orchestre pour retirer toute la force de l’Allegro un po Agitato puis du Vivace non troppo du deuxième mouvement. Les moments furieux et graves alternent avec d'autres plus suspensifs et paisibles, surtout illustrés par le hautbois et la clarinette. Le premier violon solo de l’ONCT, Michelle Ross, se démène dans les moments les plus violents offerts par le compositeur allemand. L’Adagio au thème lancinant des violons est savamment accompagné par les rythmes dactyles des cors. Le chef d’orchestre met enfin tout son dynamisme dans le dernier mouvement Vivacissimo maestoso assai : rebondissant sur son estrade au gré des accents fortissomo de la partition, il demande le maximum d’effort à ses musiciens sur les phases les plus frénétiques de l’orage symphonique, laissant retomber la pression d’elle-même lors des accalmies évoquant les paysages verdoyants des Highlands.

Si l’on a du mal à comprendre la logique de l’affiche, le choix des compositeurs se trouve justifié par une exécution assumée, enthousiaste et dynamique, et c’est bien là l’essentiel. Les deux œuvres majeures de Sibélius et Mendelssohn font leur effet et le public demande à saluer J. Weilerstein à maintes reprises, hommage totalement justifié après plus de deux heures de direction sans faille du jeune chef d’orchestre.