Cela s’appelle « Les Découvertes ». Tous les jours du Festival Radio France Occitanie Montpellier, à 12h30 à la Salle Pasteur au Corum, cette série de concerts met en avant des artistes au début de leur carrière, dans des répertoires et des styles bien différents. Place aujourd’hui au Trio Arnold (violon-alto-violoncelle) dans un programme singulièrement moderne.

Le Trio Arnold à Montpellier
© Pablo Ruiz

Le concert s’ouvre en effet sur une première rareté, la Sérénade en ut majeur d’Ernö Dohnányi. Contemporain de Kodály et Bartók, il est le grand-père du chef Christoph von Dohnányi, et cet opus de jeunesse recèle de moments qui permettent au trio de montrer d’entrée de jeu ses qualités. Les trois instrumentistes prennent ainsi à bras le corps la marche introductive ici pleine de vitalité et de contrastes, avant d’embrayer sur une Romanza où l’altiste du groupe, Manuel Vioque-Judde, ne cesse de déployer son chant serein au-dessus des contretemps de ses partenaires. La redoutable fugue qui suit n’empêche pas les artistes de phraser et projeter le son dans toute la salle : le trio se défait ainsi sans difficulté apparente des pièges de cette partition exigeante, par une fluidité et une cohésion admirables.

Comme si les raretés ne suffisaient pas, le trio propose au public montpelliérain une création d’Adrien Vioque-Lorenzo, Rosso di Sera… bel tempo si spera, composée durant le premier confinement et qui retrace en six miniatures les étapes de ce moment particulier. Se succèdent ainsi « Incubation », à l’atmosphère oppressante et chaotique, « Dépressif » aux trémolos aigus vifs et incisifs, très tranchants, ou bien encore « Apéro » aux réminiscences évidentes de tango argentin. Une fois de plus, le trio se démarque par son engagement et sa virtuosité bluffante, dans une œuvre qui mobilise un nombre incalculable de modes de jeux.

Le Trio en mi bémol majeur de Sergueï Taneïev sera l’occasion de montrer en conclusion que si chacun des trois instrumentistes se démarque par de brillantes qualités techniques et musicales, celles-ci sont toujours au service du trio et de la musique de chambre. Il convient de saluer l’admirable violoniste qu’est Shuichi Okada, d’une solidité à toute épreuve avec une main gauche d’une précision diabolique et des aigus particulièrement timbrés. Le violoncelliste Bumjum Kim n’est pas en reste : s’il se fait par moments plus discret, il se révèle être un accompagnateur hors pair, capable de relancer la machine d’un simple pizzicato ou d’apporter une couleur supplémentaire avec un léger gonflement du volume sonore, comme dans le troisième mouvement très expressif. Manuel Vioque-Judde, placé au centre, continue d’impressionner par sa sonorité solaire et assure le rôle de pivot entre ses deux collègues, formant ainsi un ensemble homogène.

Le public ne manque pas d’applaudir chaleureusement les artistes après un finale en forme de ritournelle étourdissante, et sort de la salle Pasteur revigoré pour le reste de la journée, conquis par la modernité de ce programme brillamment défendu par un trio au sommet.


Le voyage d'Augustin a été pris en charge par le Festival Radio France Occitanie Montpellier.

****1