C’est une monothématique « Beethoven » qui guidait le concert de ce jeudi soir au Victoria Hall, et parce que le genevois est amical, il accueillait dans la série des concerts de l’Orchestre de la Suisse Romande, l’Orchestre de Chambre de Lausanne… Evidemment, pour les abonnés, c’est comme un OSR sans levure, ou du moins fort dégraissé, qui entrait sur scène. Enfin, le public est magnanime, et, avec plaisir, offre une écoute attentive à ce Triple concerto de Beethoven pour violon, violoncelle et piano, offert par le Trio Nota Bene, lui aussi… de Lausanne. 

Hannu Lintu © Veikko Kähkönen
Hannu Lintu
© Veikko Kähkönen

Couronné de prix, d’enregistrements, de professeurs fameux, le Trio Nota Bene semble être, sur le papier, une idée pleine de fraîcheur : « Tiens! Les genevois invitent d’illustres lausannois ». Malheureusement, très vite, le soufflé sorti du four prématurément, retombe lamentablement. Ce Beethoven peut s’enorgueillir d’une architecture très classique servie par un Orchestre de Chambre de Lausanne rompu à ce genre de répertoire et dans lequel il excelle depuis bien des années. Fort d’une petite harmonie délicate, de deux très beaux cors très homogènes, on aura de-ci de-là pu regretter une certaine mollesse du pupitre des basses et violoncelles, mais cela reste de l’ordre du détail. Le problème de cette soirée ne fut absolument pas à chercher du côté de l’orchestre.

Dès l’entrée des solistes, on note le beau timbre du violoncelle de Xavier Pignat, le lyrisme discret du pianiste Lionel Monnet et le son assez timide du violoniste Julien Zufferey. Au fur et à mesure, on sent bien que le vaisseau ne décollera pas. Malheureusement pour nous, nous ne sommes non pas en face d’une divergence d’esthétique musicale, mais simplement d’une question de maturité. Les phrases sont amenées de façon presque scolaire, sans souffle ni respiration, sans tension interne. Les fins de phrases arrivent souvent un peu par évanouissement et par manque d’air.

Malgré la belle introduction du « largo » avec un violoncelle aux phrasés d’un doux romantisme et le bel accompagnement de l’orchestre, la reprise verra un piano un brin massif s’imposer et un violon dont les qualités et les défauts demeureront d’un bout à l’autre du concerto : peu de lyrisme, des phrases assez mornes et sans romantisme soulignant très certainement une certaine fragilité technique et peut-être un assez grand trac ! 

L’Orchestre de Chambre de Lausanne sous la direction du finlandais Hannu Lintu, aura été attentif et soigné dans ses moindres phrasés. Certainement assez dérouté par le niveau atteint dans ce concerto de Beethoven, on aura en revanche été comblé par les Créatures de Prométhée, et les nombreux extraits du ballet datant de 1801. L’ouverture aura été souriante, avec un orchestre haletant, une flûte radieuse, une clarinette facétieuse ! A souligner un pupitre de cors fruités à souhait dans leurs fortes, sachant offrir un tapis velouté dans les accompagnements. 

La gestuelle du chef Hannu Lintu, assez impressionniste et envoûtante, suggère à merveille les solos. Le Maestoso fut, comme son nom l’indique, majestueux avant un Andante plein de charme. L’Adagio se fit mozartien dans ses premières mesures avec un son canalisé et une belle énergie. La flûte solo s’élevant sur des pizzicati élégants et un basson aux phrasés délicieux relevant un discours jamais interrompu.

La pastorale, sorte de scène d’orage, aura été opératique avec une dimension baroqueuse frappante, alors que celle de la Symphonie Pastorale ne le sera plus guère… On aurait aimé plus de véhémence parfois de la part du hautbois et du basson, tout en appréciant un pupitre de contrebasses qui accompagne à merveille mais aussi sait donner de la voix et vrombir s’il le faut.

Magnifique solo de cor de basset, extrêmement poignant, dans l’Adagio avec une réponse toute de pureté d’un hautbois diaphane. Le final sera repris dans la symphonie Héroïque, dont on sent une écriture moins aboutie ici, un brin plus décorative, plus scolaire, plus pastorale, mais qui clôt en beauté une soirée un brin mitigée dont l’Orchestre de Chambre de Lausanne et le chef Hannu Lintu sortent avec les honneurs.