Tutu, nouveau spectacle des Chicos Mambo, met la danse dans tous ses états avec un cocktail pimenté de danse, de théâtre et de comédie burlesque. Un voyage humoristique à travers l’univers de la danse, signé Philippe Lafeuille.

Avec cette dernière création, le chorégraphe réalise une comédie visant à revisiter les grands moments de la danse et représenter par petites touches une variété de styles chorégraphiques ; du ballet classique au tango, en passant par le contemporain et le plateau télévisé. Dans une succession de scénettes comiques, le chorégraphe et sa compagnie « Chicos Mambo » tournent la danse en dérision et s’amusent à en parodier les codes, tels que le tutu ou les pointes, portés par des hommes travestis.

Chicos Mambo in TUTU © Michel Cavalca
Chicos Mambo in TUTU
© Michel Cavalca
L’idée directrice est bien celle de vulgariser le ballet par le rire. Le Lac des Cygnes, façon danse des canards, se termine par une performance hip-hop, tandis que la représentation de la Belle au Bois Dormant est truffée de portés cocasses. Mais le répertoire classique n’est pas le seul objet de la plaisanterie, dans un spectacle qui s’attaque, entre autres, au contemporain dont on ironise la volonté de conceptualisation, et aux danses de salon. Les pitreries sont parfois lourdes et les nombreux recours au comique de gestes et de répétition restent un peu grossiers... Lafeuille pousse la caricature, ce qui nous rappelle sa récente collaboration avec les comédiens Shirley & Dino. Les six interprètes masculins, complètement délurés, nous offrent pourtant une performance aussi extravagante que sportive qui sauve en grande partie cette chorégraphie.

Mais au-delà des gags, la chorégraphie propose une véritable inventivité dans sa mise en scène et un jeu intéressant sur le tutu. Porté par des hommes, utilisé comme objet de cirque, ou coloré et fanfreluché pour donner aux danseurs des airs d’autruches, le tutu est l'objet d’une création surprenante. Il va jusqu’à devenir un personnage à part entière lors de la Mort du Cygne, où un danseur disparaît derrière le tulle pour ne montrer qu’un joli jeu de tissu et d’ombre.

La chorégraphie de Philippe Lafeuille, qui brode autour de cette symbolique du tutu, n’est pas sans faire penser à Swan Lake de la chorégraphe sud-africaine Dada Masilo. On retrouvait également dans Swan Lake un pastiche du Lac des Cygnes, dont l’histoire était entièrement repensée, et un renversement de l’esthétique du tutu, souvent porté par des hommes disgracieux. 

Il n’en reste pas moins que le public a largement plébiscité cette interprétation humoristique sur le thème de la danse, qui donnera envie aux spectateurs non-initiés – on l’espère – d’en découvrir davantage sur cet art.

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