Pour sa saison 2021-22, Le Parvis poursuit sa programmation pluridisciplinaire, comprenant notamment des concerts de musique dite classique. Ce dimanche 21 novembre, la scène bigourdane accueillait la cheffe italo-turque Nil Venditti et l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, pour qui il s'agissait de la première expérience commune. Invité à se produire en concerto, le virtuose Matthieu Arama est en revanche un habitué de l'ONBA puisqu'il en est d'ordinaire le premier violon solo. Derrière un triptyque classique ouverture-concerto-symphonie, la soirée allait être marquée par la personnalité de Nil Venditti : « on commence avec l’énergie et finit avec l’énergie », indique la cheffe en préambule, faisant référence à Saint-Saëns et Beethoven.

Nil Venditti
© Alessandro Bertani

En guise d’ouverture, c’est la Bacchanale de Camille Saint-Saëns (extraite de l’opéra Samson et Dalila) qui est choisie. L’œuvre très régulièrement jouée donne l’occasion d’une première prise de parole pour Nil Venditti. Dans un français impeccable, la jeune cheffe interpelle le public dans un style très scénique et partage son enthousiasme pour le programme du jour. Annonçant une danse orientalisante, elle fait entendre les castagnettes, un des éléments caractéristiques de l’œuvre, en demandant à son percussionniste de joueur seul. La cheffe laisse effectivement le champ libre au hautbois pour suivre sa ligne orientale, la danse doucereuse confiée aux cordes étant mise un peu plus en retrait. Nil Venditti adopte une direction dansante tout au long de la pièce puis sautille progressivement vers la transe finale et laisse véritablement l’explosion orchestrale retentir après l’avoir jusqu’ici contenue.

Matthieu Arama rejoint ensuite l’ensemble pour le Troisième Concerto pour violon du même compositeur. L’entame de l’Allegro non troppo est très brillante, et la coordination entre la cheffe et le soliste fonctionne parfaitement. Les traits virtuoses sont toutefois parfois masqués par l’orchestre qui suit difficilement en nuances et en tempo les nombreuses variations proposées par Matthieu Arama. Le problème persiste lors de l’Andantino quasi allegretto, même si la direction des vagues orchestrales est bien maîtrisée et accompagnée au millimètre par Nil Venditti. Le Molto moderato e maestoso réconcilie l’orchestre et le virtuose, amenant un finale éclatant. La cheffe ne pourra d'ailleurs pas s’empêcher de laisser échapper un petit cri de satisfaction après la dernière note !

La deuxième partie du spectacle offre au public pyrénéen la Deuxième Symphonie de Beethoven, créée en 1803. Nil Venditti reprend la parole et revient sur le contexte de création de l’œuvre, en particulier le début de la maladie du compositeur allemand, rappelant que certains accents et la puissance générale de l’œuvre, « la plus forte de l’époque », sont autant d’innovations que de solutions à la surdité de Beethoven : c’est une œuvre « pour soi » mais aussi pour le public. Cette lecture se retrouve dans la direction de l’œuvre. Dansant sur le motif rythmique du premier mouvement, Nil Venditti dirige son ensemble par des gestes amples, tapant même du pied de manière très sonore sur certains passages. Le Larghetto lui permet ensuite de soigner la couleur orchestrale collective et d’approfondir son traitement délicat des grands phrasés. Le scherzo apparaît beaucoup plus contrôlé dans la progression des nuances, et l’alternance entre les accents très forte et les motifs plus subtils y est traité avec humour. L’Allegro molto final démarre avec force et poursuit une conduite énergique jusqu’au dernier accord.

Ajoutons que la conduite de cette soirée aura montré la maîtrise du répertoire par Nil Venditti, qui n’aura pas utilisé de pupitre tout du long. On pourrait retourner son commentaire de l’œuvre beethovénienne : l’énergie évoquée par la cheffe est aussi un peu la sienne, à laquelle on ajoutera l’enthousiasme et le partage, ce qui pour le coup constitue un triptyque fort agréable pour un concert !

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