Soirée Melting-pot au Victoria Hall hier soir : une très hollywoodienne Jubilee Fanfare II de Jean-François Michel, la très joyeuse 8ème Symphonie de Beethoven, le plus intime Concerto pour sept instruments à vent, timbales, batterie et orchestre à cordes du genevois Frank Martin, et enfin le Boléro de Ravel ; le tout interprété par l’Orchestre de la Suisse Romande, sous la direction de Neeme Järvi.

Neeme Järvi © Frederick Stucker
Neeme Järvi
© Frederick Stucker

Tout entièrement dédié à une certaine jubilation, la Fanfare II ne trahit pas son titre et permit de chauffer la salle et les vents, ne quittant que peu la nuance forte !

C’est avec une 8ème symphonie de Beethoven menée tambour battant que le public poursuivit cette folle soirée. Quel dommage que le premier mouvement fut attaqué si rapidement, l’entrée ensoleillée et somptueuse devint vite ennuyeuse, l’orchestre ne se départant plus de cette maudite nuance mezzo-forte, qui vit transformer ce Beethoven en un Brahms assez massif et quelconque. Mille excuses pour Brahms !

Dans l’Allegro scherzando, le peu de nuance fut plus frappant encore, les cordes, et en particulier les premiers violons, ne retrouvant pas le chemin de la délicatesse et sonnant de plus en plus durement : dommage. On songe alors qu’il faudrait distinguer énergie et brutalité. On eut aimé ne pas les entendre dans certains passages lors desquels ils accompagnent plus qu’ils ne mènent la danse.  Armin Jordan a dit un jour lors d’une répétition d’une Serénade de Brahms : « vous savez les violons, votre mélodie, et bien même sans la jouer on l’entend quand même, les aigus ne sont jamais une finalité ! ». Armin nous a manqué hier soir !

Une mention spéciale au très beau cor solo d’Isabelle Bourgeois et son collègue, tout en finesse et musicalité dans le Minuetto.

C’est avec Frank Martin et son Concerto pour sept instruments à vent, timbales, batterie et orchestre à cordes que le plaisir musical fit son apparition, et permit d’entendre les merveilleux solistes de l’Orchestre de la Suisse Romande, que ce soit la flûte stylée de Sarah Rumer, le hautbois tout en finesse de Jérôme Capeille, la clarinette ductile de Dmitry Rasul-Kareyev, le basson magnifique de nuances d’Afonso Venturieri – dont on se souvient du duo superbe avec Sara Mingardo dans Medea au Grand Théâtre il y a peu –, le cor merveilleux de Jean-Pierre Berry toujours aussi musical et virtuose, la trompette étincelante d’Olivier Bomprun, le sens de la nuance du merveilleux tromboniste Matteo de Luca – qu’il soit au sein de l’orchestre ou en soliste –, ainsi que les timbales attentives et sensibles d’Olivier Perrenoud. On imagine que Frank Martin aurait été heureux de voir sa musique si bien servie et interprétée. Chapeau bas, Madame et Messieurs pour la Musique, le public ne s’y est pas trompé et a réservé une belle ovation à ce beau plateau de solistes !

En guise de final, le Boléro de Ravel, concours pour solistes, se révéla bien inégal. La conclusion restant tout de même spectaculaire, appelant une salve d’applaudissements, couronnant une soirée bien mitigée. L’Orchestre de la Suisse Romande est capable du meilleur comme du plus quelconque : on sent Neeme Järvi de moins en moins la motivé à régler les problèmes de dynamique, de nuance et d’équilibre entre les différents pupitres.