Cette semaine, l'Auditorium de Lyon nous propose une soirée faisant la part belle au grand orgue et accueille pour l'occasion Vincent Warnier, que l'on entend régulièrement en cette maison. La Passacaille et Fugue en ut mineur de Bach BWV 582 sur une orchestration de Respighi, ouvre la soirée. Et quelle ouverture! Le ton est solennel, l'écoute sombre mais délicate. Loin du badinage chorégraphique, nous sommes saisis par une œuvre ample et grave, aux multiples couleurs. Les cuivres triomphants dialoguent avec les pupitres de cordes jubilants. L'homogénéité et la justesse de l'orchestre, placé sous la direction de Leonard Slatkin dont le geste est comme à son habitude, précis, net et économe est remarquable. L'orgue n'est alors qu'un instrument parmi d'autres et semble porter l'orchestre lors de fortissimi d'une intensité hors du commun, parfaitement justifiée. Ce premier quart d'heure est un véritable ravissement. Les applaudissements chaleureux récompensent justement cette ouverture, chacun sentant naître en son cœur le sentiment d'avoir assisté à un rare moment de musique.

Leonard Slatkin © Cybelle Codish
Leonard Slatkin
© Cybelle Codish
Mais abandonnons Bach pour saluer Copland et sa Symphonie pour orgue et orchestre. Le prélude, aux couleurs oniriques, nous suspend aux archets des trois solistes, Giovanni Radivo, Corinne Contardo, et Edouard Sapey-Triomphe dialoguant avec l'orgue. Le scherzo est pétillant, malicieux, Vincent Warnier surmonte les difficultés rythmiques de la partition avec une apparente facilité, Slatkin faisant-là figure de véritable roc rythmique, donnant chaque départ délicat. Le final est le lieu d'un combat allégorique entre les trombones et l'orgue qui se résout en une mise en marche de l'orchestre tout entier mené par de rutilantes percussions. Grandiloquence semble alors être le maître mot. Ce dernier mouvement est également l'occasion de prêter attention tout particulièrement au jeu de Giovanni Radivo : le son est clair, la projection excellente, les harmoniques équilibrées et la technique d'archet digne des plus grands. Les dernières mesures pourraient être celles d'une danse sauvage que nous n'en serions pas même étonnés. L'emballement est tel que le public parvient à peine à contenir ses applaudissement avant que n'aient fini de résonner les dernières notes. Un « c'est impressionnant » lancé du parterre vient ponctuer cette fin de première partie de soirée.

Celle-ci se poursuit avec Volumina de Ligeti, pièce expérimentale pour orgue seul. Il va sans dire qu'il s'agit là d'une véritable expérience, pour le public comme pour l'organiste et son assistant Octavian Saunier, qui livrent là une performance des plus étonnantes et des plus physiques. Toutes les registrations de l'orgue sont convoquées, toutes les notes exploitées : le grand orgue se révèle mystérieuse bête hurlant tantôt, murmurant parfois. Cinq courtes minutes pour plonger dans un univers électro-acoustique détonnant au cœur de cette soirée nous promenant de Bach à Strauss.

Et ainsi parla donc Zarathoustra. Si le large cresendo, subito decresendo de la fin du premier mouvement peut nous apparaître comme surfait, c'est bien là le seul point que l'on pourrait reprocher à la brillante exécution qui nous est proposée ce soir. Les nuances pianissimi des violons sont immenses et saisissantes. Les solistes rivalisent d'audace les uns après les autres, proposant des caractères différenciés et tranchés, le duo final de violon illustrant parfaitement les antithèses essentielles de l’œuvre. C'est en un dernier suspens, ralentendo parfaitement maîtrisé, que s'achève une soirée qui donna finalement la parole à un orchestre lumineux et rayonnant, nous faisant presque oublier que l'on venait pour écouter le grand orgue. Presque.