Né en 1977 en Italie, Vittorio Grigolo intègre à 9 ans le célèbre chœur de la Chapelle Sixtine au Vatican et devient à 23 ans le plus jeune ténor à se produire à la Scala de Milan. Surnommé « Il Pavarottino » et invité en 2008 à chanter à Chicago devant plus de 40 000 personnes lors d’un concert hommage à Luciano Pavarotti, il s’impose comme l'un des ténors les plus prometteurs de sa génération. Dans le cadre des Grandes Voix, il se produisait avec le pianiste Vincenzo Scalera, membre de l’Accademia d’Arti e Mestieri de la Scala, pour un récital au Théâtre des Champs-Élysées comprenant des œuvres du bel canto italien – Bellini, Rossini, Donizetti, Verdi et des chants napolitains et français.

Vittorio Grigolo © Alex D. James
Vittorio Grigolo
© Alex D. James
Dès les premières notes de la mélodie "Dolente immagine di Fille mia", composée en 1824 par Vincenzo Bellini, l’interprétation du ténor marque par la chaleur et la puissance de sa voix. Celle-ci se révèle en effet unique par son timbre cuivré et solaire capable de passer d’un pianissimo à un fortissimo ou d’un air joyeux à un air grave sans encombre. Dans cette mélodie où le narrateur se languit d'amour, le ténor a su en démontrer toute l’intensité dramatique, notamment dans le "Riposa in pace".

Tout au long du récital, le chanteur s’impose à la fois par sa présence scénique – il joue avec le public, enlève sa veste, mime une scène, jette des fleurs au public féminin… – et sa voix hors du commun qu’il sait rendre tour à tour sensuelle, plaintive ou joyeuse. Habité par ses textes, chaque chant se révèle unique, qu’il s’agisse des mélodies de Bellini, des chants amoureux qu'il interprète magnifiquement, ou de "La danza" de Rossini composée entre 1830 et 1835. Cette tarantelle napolitaine entraîne le spectateur dans une course joyeuse effrénée que mime dès son apparition le chanteur. De danseur joyeux il se mue en chanteur coquin conscient de la farce qu’il interprète. La chaleur cuivrée de sa voix achève de conquérir le public.

Qu’il s’agisse de ses interprétations du Duc d’Albe de Donizetti, d’Il corsaro de Verdi ou des chants napolitains et français, sa voix véhicule de nombreux sentiments, sublimant les textes interprétés. Douce et sensuelle dans Il corsaro, elle dégage une très grande tristesse et mélancolie dans la Chanson de l’adieu de Tosti composée en 1898, avant de livrer un chant amoureux du même auteur Pour un baiser (1904) très latin : une grande virilité se dégage de cet air, ainsi par instants qu'une très grande douceur…

Vittorio Grigolo surprend par la maîtrise parfaite de sa voix, notamment dans les aigus, et de sa tessiture. Si l’on pourrait parfois s’interroger sur la frontière entre le fortissimo et le cri expressif, cette voix rappelle que le chant est un moyen puissant de communiquer ses émotions et de conquérir un nouveau public – une conception qui n’aurait pas déplu à Pavarotti.

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