Pour ses vingt ans, l’orchestre toulousain spécialisé en musique ancienne proposait au public les Quatre saisons de Vivaldi sous un nouvel angle. En gardant l’ossature du chef-d’œuvre italien et en incluant dans l’effectif orchestral de nombreuses percussions ainsi qu’un quatuor vocal, Christophe Geiller et Michel Brun invitaient à un voyage et à une réflexion dépassant largement l’œuvre originale. Plus qu’un arrangement, il s’agissait d’une véritable création, riche de nombreux jeux de références, soutenue par des musiciens extrêmement polyvalents.

L'Ensemble Baroque de Toulouse célèbre ses vingt ans © Walter Caverivière
L'Ensemble Baroque de Toulouse célèbre ses vingt ans
© Walter Caverivière

L’effectif lui-même participe au renouvellement de l’œuvre, avant même la composition : trois violons, un alto, un violoncelle, une basse, un théorbe, un clavecin, un percussionniste et un quatuor vocal. Qui plus est, tous les musiciens deviendront tour à tour percussionnistes, flûtistes ou encore luthistes, démultipliant les timbres et ambiances du cadre initial déjà très riche. On sort déjà largement des sentiers battus. L’introduction laisse transparaître cette volonté, offrant un premier souffle de cymbale jouée à l’archet. Après un travail sur les harmoniques, les instruments rentrent progressivement dans le discours musical.

La création s’articule autour des quatre concertos de Vivaldi mais n’est pas traitée de façon monolithique. On pourrait identifier trois types de dialogues avec l’œuvre du compositeur italien. D’abord, certains instants musicaux voient les thèmes d’origine exposés de manière explicite, aux violons comme il se doit. D’autres passages s’appuient clairement sur les bases rythmiques et les cellules vivaldiennes mais sont largement transformés par le langage ou l’orchestration. Enfin, plusieurs créations totales sont insérées dans la trame générale. Le tout est articulé par Michel Brun à la direction, conducteur à l’appui, qui prendra à plusieurs reprises le traverso pour rejoindre son orchestre, dans une tradition pour le coup parfaitement baroque.

Christophe Geiller, auteur de cette composition mais aussi violoniste, expose la plupart des thèmes de Vivaldi, s’illustrant par sa virtuosité mais aussi par un jeu très sec voire accroché. Il jouera pendant près de deux heures sans partition aucune. Sur cette durée, plus de la moitié de la pièce relève de l’éloignement ou de la composition, avec une quantité de citations, langages et détours musicaux.

Le quatuor vocal, constitué de Nadia Lavoyer, Caroline Champy-Tursun, Paul Crémazy et Antonio Guirao, participe au décentrement. Accompagnés, en tutti ou a cappella, les chanteurs jouent un rôle important dans le déroulé de la pièce, reprenant les sonnets de Verdi en italien mais aussi des textes en français et dans d’autres langues. L’intelligibilité n’est pas toujours au rendez-vous sur les tutti mais l’effet est bien présent : on voyage à travers le temps (avec des écritures savantes ou populaires) et l’espace.

On voyage également à travers la world music et l’histoire de la musique avec tour à tour des accents celtiques, tziganes, orientaux, africains, jazz, etc. L’usage des percussions (cornes de gazelles, cloches, tambours, tambour de basque...) et d’instrument originaux dans ce cadre cosmopolite et non plus baroque (psaltérion, luth, djembé...) est renforcé par des jeux de timbres évocateurs (walking bass, violon utilisé à la façon d'une guitare...). Si le public semble adhérer aux passages les plus rythmés et dansants en tapant des mains, ce patchwork bon enfant utilise tout de même de nombreux stéréotypes sonores et on a parfois du mal à saisir le message global de l’œuvre.

C’est en fin de spectacle qu’une partie de la réponse vient avec notamment avec le « rap écolo » de Christophe Geiller, sur un texte écrit par un jeune de 15 ans : « la nature a un ennemi qui se nomme l’argent. […] pour se faire élire là y a du monde ». Le projet méditatif déjà perceptible par le long silence imposé par Michel Brun à la pause se révèle plus précis. Les Saisons viennent éclairer les urgences contemporaines, un espoir d’unité face aux défis climatiques. On est évidemment loin de l’idée initiale, si ce n’est peut-être de préserver cette nature, déjà largement idéalisée, décrite par les figuralismes de Vivaldi à son époque.

In fine, l’Ensemble Baroque de Toulouse offre une création ambitieuse mais accessible, introspective mais aussi dépaysante. Dans la lignée de l’optimisme qui se dégage de la pièce, qui gomme largement les aspects sombres de l’œuvre originale, c’est en toute logique le finale de L’Été qui est redonné en bis.

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