Pour être moins célèbres que leurs concitoyens de l’Orchestre philharmonique de Vienne, les Wiener Symphoniker sont une formation qui peut se targuer d’une riche histoire et d’avoir eu à sa tête d’illustres baguettes. On se souvient les avoir entendus jadis au Palais des Beaux-Arts dans de beaux concerts, dirigés par les regrettés Wolfgang Sawallisch et Nikolaus Harnoncourt. Qui plus est, leurs récents enregistrements de symphonies de Beethoven dirigés par leur actuel Chefdirigent Philippe Jordan ont été très bien accueillis par la critique.

Nikolaj Szeps-Znaider © Lars Gundersen
Nikolaj Szeps-Znaider
© Lars Gundersen

Pour leur visite à Bozar, on ne peut pas dire que l’ensemble viennois et son directeur musical aient fait preuve d’une grande audace : le programme donnait à entendre les deux inoxydables tubes que sont le Concerto pour violon de Brahms et la Symphonie « du Nouveau Monde » de Dvořák, précédés cependant du bref (un peu plus de trois minutes) Here and Now de Kurt Schwertsik, morceau d’ambiance au post-romantisme assumé.

Le soliste du concerto était Nikolaj Szeps-Znaider, très beau vainqueur du Concours Reine Elisabeth en 1997 (il n’avait pas encore ajouté le Szeps à son nom) et toujours volontiers accueilli depuis dans la salle qui vit son triomphe et où il a laissé tant de bons souvenirs. Le violoniste danois fit entendre une qualité sonore assez métallique et ouverte dans le premier mouvement mais cela s’améliora nettement après la cadence. Plein d’assurance – il faut lui reconnaître une intonation comme une conduite d’archet très sûres –, il ne parvint pourtant pas à offrir une de ces interprétations à même de subjuguer. Après avoir bénéficié d’une très belle introduction de la part du hautbois viennois, rejoint ensuite par le chœur des bois conduit par un Philippe Jordan extrêmement attentif, Szeps-Znaider ne fit pas preuve d’une poésie particulière dans l’« Adagio », où il se contenta d'aligner les notes avec la régularité d'un pilote automatique. Il faut cependant reconnaître que les choses s’améliorèrent vers la fin du mouvement, où le violoniste parvint enfin à émouvoir par une touchante et sincère simplicité. Le soliste se montra bondissant et plein d’entrain dans le finale qui posa bien moins de problèmes d’interprétation. Il y a cependant de quoi rester perplexe devant un jeu si peu disposé à creuser sous les notes. Connaissant l’excellence habituelle de l’artiste, on peut penser que la fatigue accumulée au cours de cette tournée – la soirée bruxelloise en était la cinquième et dernière étape en autant de jours – explique sa prestation du soir.

Dans une œuvre aussi rabâchée que la Symphonie « du Nouveau Monde », on espérait que les Viennois et leur chef allaient nous offrir une version de premier ordre, mais ce ne fut pas le cas. En effet, l’orchestre – peut-être lui aussi fatigué du voyage – sembla se satisfaire de jouer les notes avec bien peu d’entrain, sans manifester la moindre envie de sortir de sa zone de confort.

Dès l’introduction, on put cependant apprécier la belle homogénéité des cuivres, puissants et sonores sans pour autant écraser des cordes capables de beaucoup de délicatesse. Comme on pouvait s’y attendre, le cor anglais se couvrit de gloire dans le « Largo » où s’illustrèrent également les cuivres et la flûte solo. Le scherzo fut certes dynamique mais manqua cruellement de la flamme et de la vie qu’on est en droit d’attendre dans cette musique. Dans l’« Allegro con fuoco » final, l’orchestre fit enfin entendre le dynamisme qu’essayait de lui insuffler le chef. Celui-ci ne cessa de se démener comme un beau diable comme il le fit durant tout le concert, mais l’interprétation retomba bien vite dans les ornières de la routine.

On sort de ce concert avec des regrets : quel dommage que la conjonction d’un bel orchestre, d’un chef enthousiaste et d’un soliste capable du meilleur ait donné un résultat aussi peu intéressant sur le plan de l’interprétation !

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