Le Ballet de l'Opéra de Paris clôture la saison 2015/2016 par une soirée consacrée au chorégraphe néoclassique américain William Forsythe, avec l’entrée au répertoire d’Of Any If And (1995), suivi d’Approximate Sonata (1996) et d’une création, Blake Works I, sur la musique de l’artiste électro-soul James Blake. Entre académisme et modernité, ce programme hommage est l’occasion de revisiter le travail du chorégraphe et de passer un agréable moment de danse, bien qu’il manque d’un soupçon de nouveauté pour un public français très familier avec William Forsythe.

Ludmila Pagliero, Germain Louvet , <i>Blake Works I</i> © Ann Ray | Opéra national de Paris
Ludmila Pagliero, Germain Louvet , Blake Works I
© Ann Ray | Opéra national de Paris
Of Any If And, œuvre composée en 1995 pour le Ballet de Francfort, est un duo abstrait et réflexif, qui prend pour objet sa forme chorégraphique même. Le mouvement part du vocabulaire classique, pour créer des ruptures et des distorsions de lignes, tout en restant pourtant profondément organique. La pénombre faiblement éclairée au néon rend l’atmosphère de la pièce intimiste, tout comme les chuchotements des deux acteurs en fond de scène qui accompagnent la partition abrupte de Thom Willems. Elément distractif sans grand intérêt, un plafonnier où sont suspendus les mots « texture », « rare » ou encore « strange » s’abaisse par intermittence au-dessus de la scène. Of Any If And est sans hésitation le meilleur moment de danse de la soirée, magnifiquement porté par le couple de danseurs Eléonore Guérineau et Vincent Chaillet, dont la sensualité et l’intensité sont une révélation !

Sans trop que l’on s’en aperçoive, Approximate Sonata, créée en 1996 pour le Ballet de Francfort et dansée à l’Opéra de Paris depuis dix ans, démarre en plein brouhaha à la fin de l’entracte. La chorégraphie brode avec l’idée d’inachevé,  en montrant un langage en construction et des échanges dynamiques entre quatre duos de danseurs. Alice Renavand et Adrien Couvez, qui ouvrent le bal, représentent avec malice cette recherche créatrice, allant même jusqu’à soupirer et à s’objecter « non, c’est nul ». Paradoxalement, la technique reste au cœur de cette composition, nécessitant une virtuosité qui culmine avec les interprétations de Marie-Agnès Gillot, Eleonora Abbagnato, Alessio Carbone ou encore Fabien Revillion. Plus raides, Audric Bezard et Hannah O’Neill semblent moins s’approprier le langage de Forsythe.

 

Marie-Agnès Gillot © Ann Ray | Opéra national de Paris
Marie-Agnès Gillot
© Ann Ray | Opéra national de Paris
 La soirée se termine par une création, Blake Works I, sur une suite de sept chansons tirées de l’album The Colour in Anything (2016) de James Blake. Dans une logique de réactualiser l’académisme classique, William Forsythe confronte le lexique du ballet à une musique actuelle et mainstream. Les danseurs exécutent de nombreux pas de batterie, des grands sauts et des pirouettes dans le plus pur style, tout en s’affrontant dans des battles en cercle tels des performers de hip-hop. C’est l’occasion de remarquer quelques jeunes talents de la compagnie, et notamment Hugo Marchand, Pablo Legasa et Germain Louvet. Pourtant, les différentes pièces de Blake Works I sont très inégales : la langueur mollement pulsée de la soul ne se prête décidément ni aux déliés ni aux cassures de la danse de Forsythe, les rendant étrangement dégoulinants. Heureusement, les 4ème et 6ème morceaux, plus électro, entraînent les danseurs dans une rythmique mieux adaptée. Une dynamique se forme alors, qui se dissout rapidement dans un duo final peu marquant. Blake Works I est en définitive un peu facile : la simple fusion des genres ne peut remplacer une recherche originale sur le mouvement.

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