Ce soir, le public de l'Auditorium de Lyon est venu nombreux pour admirer les talents du pianiste Christian Zacharias. Soudainement empêché pour son concert à Lyon en 2014, le concertiste était en effet attendu depuis longtemps. En grand connaisseur du répertoire classique et romantique, le musicien invite les spectateurs à voyager dans la ville de Mozart, de Haydn et de Schönberg : Vienne.

Christian Zacharias © Felvgi Andrea
Christian Zacharias
© Felvgi Andrea

Le programme débute avec la Symphonie n° 91 de Joseph Haydn (1732-1809). Sous la direction attentive de Christian Zacharias, il faut un peu de temps pour que les musiciens de l'Orchestre National de Lyon s'approprient les élégantes phrases mélodiques du premier mouvement « Largo », assurément plus compréhensibles dans la seconde partie « Allegro assai ». Les gentils et enfantins jeux des variations du second mouvement « Andante » sont agréablement menés, bien que l'on aurait pu souhaiter entendre davantage le basson, mis à l'honneur dans la première variation, ainsi qu'une régularité de tempo plus rigoureuse. Après un « Menuet » manquant sans doute de mouvement pour avoir son allure dansante, le finale n'est pas dépourvu de contrastes et de légèreté.

Le voyage continue par un autre aspect de la vie musicale de Vienne, avec la Symphonie de chambre n° 2 d'Arnold Schönberg (1874-1951). Cette œuvre montre le retournement stylistique du compositeur, qui opère un ressourcement romantique après sa période dodécaphonique. Christian Zacharias se montre sensible à la cohérence des phrasés. Ce sens musical et logique, qui fut si cher et difficile à Schönberg, est ainsi bien compris et défendu. La longue coda, sombre et énigmatique, fait entendre d'intéressantes couleurs, jusqu'à devenir oppressante.

Ces deux premières œuvres introduisent intelligemment le Concerto pour piano n° 20 de Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791). Créé en 1785 au Mehlgrube de Vienne, cet ouvrage possède un caractère dramatique et tragique, notamment par son mode mineur – rareté dans l'œuvre de Mozart. La longue introduction orchestrale met de suite l'auditeur dans une atmosphère instable, produite par les syncopes et les frémissements des violons. D'abord debout pour diriger l'orchestre, sans partition, Christian Zacharias s'asseoit devant son clavier pour faire entendre la simplicité et la finesse de son toucher, particulièrement séduisant lors de la cadence à laquelle répond un fiévreux tutti. La « Romanze » est un moment superbe, par l'intimité et la clarté de l'interprétation du pianiste et des musiciens. Sous les doigts de Christian Zacharias, la sonorité du piano est telle une lumière caressante et apaisante. Grâce à aux phrasés clairs, intimes et raffinés du pianiste, il touche profondément le cœur de l'auditeur. Cette quiétude est perturbée par les brusques accords des cordes, sans rudesse toutefois, encourageant le piano à partager sa virtuosité avec une aisance fluide et jamais gratuitement démonstrative. Enfin, le « Rondo : Allegro assai » fait entendre comme une lutte entre le piano et l'orchestre. Avec une belle homogénéité, les musiciens de l’Orchestre National de Lyon entament un dialogue avec le piano, personnage principal et héroïque, avec les intentions contrastées exigées par la partition, tout en sachant répondre avec délicatesse à ses propositions. La coda en mode majeur est l'ultime contraste qui crée la vive lumière de cette fin éclatante.

Vivement applaudi, Christian Zacharias offre en bis le premier mouvement « Allegro maestoso » de la Sonate n° 8 en la mineur de Mozart, avec la modestie et la délicatesse qui caractérisent tant l'artiste et enchantent toujours autant le public.

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