Bien que fréquemment joué à Versailles – dans la mise en scène de Corinne et Gilles Benizio, alias Shirley et Dino – King Arthur ne s’arroge pourtant toujours pas une place de choix sur les scènes lyriques, et n’est que rarement donné en version concert. Porté par un Gabrieli Consort en bonne forme, quoiqu’un peu contenu par la direction de Paul McCreesh, et des solistes tout à fait convaincants, il rappelle ici ses grandes qualités musicales, quand il a pu se voir reléguer au simple théâtre.

Paul McCreesh © Andy Staples
Paul McCreesh
© Andy Staples

Débarrassé de l’obligation d’une linéarité, artificiellement adossée à un livret non seulement métaphorique, mais surtout ancré davantage dans la réalité politique d’alors que dans une action arthurienne identifiable, King Arthur n’appelle pas les oripeaux de la tragi-comédie ; on n’est alors pas mécontent de l’en voir débarrassé. Son ouverture seule rappelle la richesse de l’écriture de Purcell, son foisonnement contrapuntique, l’élégance de ses variations, la finesse de ses traits. Pour leur rendre justice, les cordes sacrifient l’opulence à la précision, quitte à tomber dans l’écueil d’une sécheresse certaine, appuyée par la modestie de l’effectif. Saluable au premier acte, la trompette de chasse s’effondre, comme souvent, en fin de course ; les autres vents sont heureusement en meilleure forme. 

La douceur des hautbois tutoie la remarquable clarté de timbre de la soprano Anna Dennis sur un réjouissant « Hither this way », quand la voix plus charpentée de Mhairi Lawson apporte à leurs duos un tempérament exquis. Une complémentarité similaire est donnée à entendre chez les ténors : Jeremy Budd mise sur des aigus palataux et un vibrato large, quand James Way fait entendre une belle voix de poitrine, au volume un peu plus inégal mais au phrasé enchanteur sur « Come if you dare ». L’articulation et la projection de Marcus Farnsworth convainquent sans faillir, mais c’est à Dingle Yandell qu’échoit le central air du génie du froid : ici moins martelé qu’ailleurs, il laisse sa voix puissante et sa souplesse d’articulation s’emparer du phrasé avec une onctuosité qu’on croyait réservée aux contreténors. Si par la suite quelques négligeables imprécisions se feront entendre, la douceur remarquable du timbre n’en finit pas de séduire.

Tour à tour solistes et choristes, les interprètes prennent soin de répondre aux airs par des manières similaires, de conserver la même énergie enjouée, et de rendre tangible une belle complicité. La direction n’est malheureusement pas toujours au diapason de cet élan, et certains pourront trouver les intermèdes orchestraux un peu trop empesés. Dommage, car, même privé de danse, de costumes, de dorures et surtout de pompe, King Arthur demeure un opéra royal, par excellence.

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