Dans le cadre contemporain de l’Auditorium du LouvreLeonardo García Alarcón, sa Cappella Mediterranea et le chœur accentus nous transportent ce 7 octobre au cœur des cérémonies religieuses dont la ville éternelle a pu s’enorgueillir en dépit des assauts d’une Contre-Réforme soucieuse de l’intelligibilité des textes aux dépens de la richesse polyphonique. En rivalisant d’ingéniosité et en multipliant les procédés de spatialisation, les compositions du XVIIe siècle s’émancipent progressivement de ces contraintes et les tournent à leur avantage.

Leonardo García Alarcón
© Vincent Arbelet

Les œuvres choisies par Alarcón témoignent de la pratique musicale au sein des Chapelles Sixtine et Giulia et accordent une large place à Giovanni Giorgi (élève d’Antonio Lotti à Venise, maître de chapelle à Rome puis à Lisbonne) et à Alessandro Scarlatti dont les harmonies troublantes renforcent l’expressivité du mot. Expressément composé pour la Chapelle Sixtine, le Miserere d’Allegri est dépourvu de dispositif instrumental. Ce motet précédé d’une tradition romantique (car transcrit de mémoire par le jeune Mozart et adulé par Mendelssohn) est toujours objet de conjectures quant à la réalisation ornementale du petit chœur à quatre voix. Contre toute attente, l’œuvre ne sera pas ce soir un terrain d’expérimentation pour Alarcón qui en livre une version très épurée, presque à l’anglaise, où le soprano de Julie Roset possède cependant la couleur idéale pour faire oublier tout « treble » masculin.

La seconde partie du concert est consacrée à la Messe de Giorgi. L’œuvre jette manifestement un pont vers le classicisme en dépit d’effets madrigalesques toujours bien présents. On comprend l’attirance du maestro argentin pour cette musique dont le vocabulaire et la structure archaïsants sont émaillés d’éclats flamboyants et avant-gardistes, terrain de jeu idéal pour essayer les crescendos formidables ou les accelerandos audacieux qui sont un peu la marque de fabrique du bouillant chef de la Cappella Mediterranea. Les contrastes de tempo, les coups de projecteur sur le mot (enchaînement du « peccata mundi » au « suscipe »), la strette finale du Gloria, les dissonances affligées du Crucifixus trouvent dans le chœur accentus un interprète magnifiquement inspiré.

Acteur d’une scénographie efficace, le chœur se déplace en débordant largement de l’espace scénique et en investissant les mezzanines latérales ; le quatuor vocal quant à lui se limite à quelques discrets décentrements, et les excellents cornettistes s’adonnent également aux joies de la stéréophonie baroque. En dépit d’une acoustique pas vraiment évocatrice des riches réverbérations des édifices religieux, accentus confirme cependant des qualités de précision et une homogénéité de timbre saisissantes, une absence de tension dans les tempos les plus intrépides. Les solistes soignent la couleur d’ensemble du quatuor, l’équilibre parfait souffrant à peine de la blancheur vocale du contre-ténor Paulin Bündgen. Le soprano ravissant de Julie Roset détaille les dissonances maniéristes d’Alessandro Scarlatti et les célèbres mélismes du Miserere d’Allegri, le ténor Valerio Contaldo apporte la lumière irrésistible d’un timbre solaire, la basse Matteo Bellotto soutient admirablement les complexes méandres de la polyphonie. Côté instrumental, on soulignera la prestation exemplaire et discrète du contrebassiste Éric Mathot qui donne à chaque pièce son juste poids et une belle fusion avec l’orgue, et l’expertise des habiles cornettistes Judith Pacquier et Rodrigo Calveyra.

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