C’est une rentrée doublement mouvementée salle Molière pour Piano à Lyon. Car à l’incertitude de la reprise des concerts (liée à la circulation active du virus dans le Rhône) est venue s’ajouter l’annulation des concerts Beethoven de Renaud Capuçon et Kit Armstrong pour cause de mesures d’auto-confinement des deux artistes. Mais c’était sans compter la réactivité des organisateurs qui ont pu trouver deux remplaçants de dernière minute, le violoniste Tedi Papavrami et le pianiste François-Frédéric Guy. Un choix d’autant plus judicieux que les deux artistes ont enregistré en 2017 les dix sonates de Beethoven, dont quatre sont au programme du premier des trois concerts de cette intégrale lyonnaise : la première partie rassemble la Sonate n° 1 et la Sonate n° 6, avant une deuxième partie qui voit se succéder les Sonates n° 2 et n° 7.

François-Frédéric Guy et Tedi Papavrami © Caroline Doutre
François-Frédéric Guy et Tedi Papavrami
© Caroline Doutre

De manière générale, ce qui frappe avant tout est la grande simplicité avec laquelle les artistes abordent ces sonates. À aucun moment ils ne cherchent à impressionner par des effets de manche le public ou bien ne viennent s’attendrir trop longuement sur un mouvement lent. Aussi, la vue d’ensemble prévaut sur nombre de détails qui auraient pu venir parasiter le discours. Tel rubato, tel contraste de nuance ou telle recherche de timbre n’est jamais gratuit, ne constitue jamais un effet en soi. Mais ce choix interprétatif a son revers, surtout du côté de Papavrami : les articulations manquent nettement de lisibilité et les traits virtuoses de définition, notamment dans le premier mouvement de la Sonate n° 2, tandis que les attaques paraissent bien hésitantes au début des variations finales de la Sonate n° 6.

Par ailleurs, si l’esprit général insufflé aux sonates convainc par une lecture mesurée et respectueuse du texte, le discours se trouve assez régulièrement gâté par la sonorité crue (si ce n’est rauque) de Papavrami. Celle-ci n'est pas dénuée d'intérêt, comme dans l’« Andante » de la Sonate n° 2 où le timbre sied parfaitement à la fragilité du mouvement pris comme une prière, mais cela montre ses limites dans les élans brillants de la Sonate n° 7.

Du côté du piano en revanche, François-Frédéric Guy – dont Beethoven fait partie des compositeurs de prédilection – assure sa partie avec un panache et une robustesse de tous les instants. Sa main gauche charpente et structure les sonates, et vient parfois compenser les imprécisions de Papavrami. Le duo fonctionne aussi à merveille quand il s’agit pour le violoniste de dérouler les variations du finale de la Sonate n° 6 : Papavrami peut alors se permettre de broder librement voire de donner un caractère improvisé à l’ensemble, pouvant compter sur le soutien rythmique indéfectible de Guy. Mais celui-ci ne se contente pas d’accompagner le violon, il démontre aussi à quel point la partie de piano est riche en saillies, contrechants et autres gammes dont l’esprit fait parfois penser aux concertos. Il apporte toute la largeur sonore (quitte parfois à couvrir Papavrami) et la dimension épique voire incandescente de ces sonates, tel l'« Allegro con brio » initial de la Sonate n° 7 particulièrement conquérant. 

Gageons que les deux artistes poursuivront avec ce même esprit leur intégrale démarrée dans la joie de retrouver Piano à Lyon, dont la saison promet de beaux échanges musicaux.

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