Belle soirée baroque à laquelle nous conviait l’agence Caecilia en invitant Fabio Biondi et son Europa Galante autour de quatre compositeurs italiens : Corelli, Geminiani, Locatelli et l’incontournable Vivaldi.

Fabio Biondi © Emile Ashley
Fabio Biondi
© Emile Ashley

Fabio Biondi, à la fois violon solo et chef, impulse un bel élan à ces compositions, relevant leur aspect ensoleillé, leur vivacité, en évitant toute pesanteur, faisant éclore leurs baroques effervescences. Le son de l’ensemble est riche, suave dans ses basses, avec un clavecin particulièrement sensible ourlant les œuvres d’une très belle inventivité. Les passages apaisés ont eux aussi leurs moments de grâce et s’épanouissent dans une nostalgie poignante.

Alors que Concerto grosso de Corelli a offert un aperçu particulièrement vivifiant de cette fin du XVIIème siècle, avec ces interventions du théorbe distillant une belle nostalgie lors de l'Adagio, celui en sol mineur de Geminiani, compositeur un brin plus tardif que le précédent, s’ouvre sur un fastueux Largo e Staccato qui n’est pas sans rappeler les plus belles ouvertures de Haendel.

Le Largo du Concerto grosso en ré majeur de Locatelli, animé d'une énergie très souriante, s’épanouit notamment grâce à ce continuo souplissime, soulignant au passage les qualités expressives de l’alto et du violoncelle. L’Allegro final viendra, par sa belle course échevelée, se parer du plaisir quasi physique d’une musique sensitive, joyeuse et volontiers éruptive.

Sous les doigts de tels interprètes, les rayonnantes Quatre Saisons clôturant la soirée ne se limitent pas à une prouesse technique ou à des effets sonores inhabituels. Les frémissements de l’Allegro du Printemps sont particulièrement bien rendus au continuo. Notons également la belle âpreté de l’alto sur l’aplat de cordes dans le Largo.

L’Allegro non molto introductif à l’Eté est particulièrement nostalgique, voire lunaire. L’Adagio, tel une pulsation cardiaque, est un délice au violon. Le Presto, évidemment stratosphérique, avec ces cascades de notes, est un bonheur et appartient à ces pages tellement connues qui, à l’instar du Concerto en ré mineur pour clavier de Jean-Sébastien Bach, restent des miracles et font frémir. Biondi optant pour l’énergie et l’ambiance, arrache la corde, insuffle le vent, obtient la tempête !

L’Automne, avec ses faux airs de bourrée campagnarde, est affublé de quelques gaillardes saillies. S’ensuivent les glissandi d’une grande langueur de la partie médiane. L’Allegro conclusif de l’Automne est un soleil particulièrement riche au continuo.

L’Hiver, rappellant sans doute aucun le sublime air du froid de Purcell, est un ravissement tant l’univers créé est palpable avec ces saisissants appuis sforzando sur les premier temps. Le Largo est pris haletant, comme un aria, avec ses battements de cœur sous-jacents, et on est frappé par l’humanité du trio formé par les deux violons et l’alto, plein de tendresse avant la dernière reprise échevelée.  

Alors effectivement, le violon de Fabio Biondi est bondissant, haletant et offre à entendre quelques acidités et rugosités. Certains traits sonnent à la limite du dérapage, mais le supplément d’âme est patent, couronnant un voyage réussi en terres italiennes.