Une série de concerts de musique de chambre programmés par l'Orchestre Symphonique de Mulhouse associent la passion particulièrement vive dans la région pour la musique à une autre passion non moins forte et traditionnelle, celle de la vigne et du vin d'Alsace – pourvu qu'il soit consommé avec modération. À l'issue de chaque concert dit « diVin », le public est invité à prolonger la soirée afin de goûter un vin élégant, frais et fruité, offert par un viticulteur alsacien. Expérience qui ne manque pas de charme et dont une édition était proposée ce 1er février au Conservatoire de Mulhouse. Le programme musical, tourné vers les XXe et XXIe siècles comportait des œuvres de Sergei Prokofiev, Aram Khachaturian, Benjamin Britten et Guillaume Connesson.

Les musiciens de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse en formation de chambre © Antoinette Ober
Les musiciens de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse en formation de chambre
© Antoinette Ober

Dès les premiers pizzicati et coups d'archet de l’Ouverture sur des thèmes juifs pour clarinette, quatuor à cordes et piano de Prokofiev, les musiciens ont impulsé un rythme envoûtant et créé une atmosphère profondément touchante. Associés à la clarinette de Maxime Penard et au piano d’Eri Taga, Vanessa Szigeti et Emmanuel Drzyzgula (violons), Julie Fuchs (alto) et Solange Schiltknecht (violoncelle) ont rendu avec force et sensibilité, en un ensemble impeccable, la source klezmer de l'œuvre. Le toucher et la belle présence du piano ont constitué un fond sur lequel s'est formé un contraste fascinant entre les lignes légères, élancées, dominées par la clarinette virtuose de Maxime Penard et les séquences plus graves des cordes. Les variations les plus complexes ont été exécutées avec brio. La coda a parachevé l'impression d’enchantement que les musiciens ont su engendrer tout au long de la pièce.

Entourant la clarinette de Maxime Penard dans le Trio pour clarinette, violon et piano d'Aram Khachaturian, Vanessa Szigeti et Eri Taga ont instauré entre elles et avec la clarinette un véritable dialogue, une conversation. Plaqués au piano, les accords dissonants de l'ouverture ont offert quelque chose de limpide sous les doigts d'Eri Taga, une intensité et une sonorité propres à capter l'attention des auditeurs. Le violon et la clarinette ont rivalisé ensuite de virtuosité et de finesse dans un jeu bien équilibré, ornementant les lignes mélodiques esquissées. L'alternance de passages vifs et de moments paisibles a laissé chaque instrument exprimer ses formes d'expression essentielles : un jeu habile de nuances au piano produisant une sorte d'écho, donnant relief à l'ensemble. On a également apprécié l'expressivité du violon et le souffle de la clarinette qui ont su traduire l'impression d'urgence donnée par l'accelerando du deuxième mouvement.

L'extrême concentration du quatuor formé par le trio à cordes et le hautbois en abordant la Fantasy quartet de Benjamin Britten a retenu toute l'attention de la salle. Solange Schiltknecht a été la première à rendre cette impressionnante tension dans l'attaque confiée à son violoncelle. Explorant avec soin, sur quelques notes, la profondeur des graves de son instrument, elle a été bientôt soutenue par les pizzicati vibrants et subtils de l'alto de Julie Fuchs. Au violon, Emmanuel Drzyzgula a délivré de tranchants coups d'archet qui ont fait justice au mode martial de la marche. Sur fond d'harmonie originale et séduisante, François Fouquet a introduit au hautbois une forme mélodique dont les variations ont révélé toute sa maîtrise de l'instrument. La partie centrale de la pièce a mis en valeur la maîtrise du trio à cordes, capable de faire front face à la complexité harmonique et la célérité surprenante de l’œuvre, l'alto en étant pour une large part l'animateur. Violoncelle et alto ont conclu la pièce avec une énergie étonnamment concentrée, en quelques discrètes notes pianissimo.

De facture classique, le Sextuor de Guillaume Connesson a introduit un instrument moins fréquent en musique de chambre, la contrebasse qui s’est jointe au violon, à l'alto, à la clarinette, au hautbois et au piano. Réclamant un ensemble parfait, le rythme vif et heurté de l'introduction a été rendu avec talent par chaque instrument, faisant ressortir, dans son registre et son timbre propres, le thème principal du premier mouvement. Comme dans les mouvements suivants, les instruments se sont distribué les solos avec une incessante fluidité, conférant à cette exécution une vivacité et un ton festif, sources d'un plaisir partagé par tous.

Belle clôture pour cette soirée… prolongée par la sympathique et maintenant traditionnelle dégustation de vin d'Alsace.

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