C’est un sourire radieux qui paraît sur les visages du public genevois à la sortie du Théâtre des Nations ce mardi soir : ils venaient d’assister non pas à un spectacle parfait, mais à un très beau moment musical sous la direction d’Hartmut Haenchen, serti d’une mise en scène habile, pertinente et néanmoins divertissante de David Bösch, conduisant une petite troupe de chanteurs qui ont pris visiblement beaucoup de plaisir à travailler ensemble !

Laurent Naouri (Don Alfonso) © Carole Parodi | GTG
Laurent Naouri (Don Alfonso)
© Carole Parodi | GTG

Pris dans ce tourbillon humain, l’action se déroule dans un beau décor "années 50" de bar tenu par le savoureux Don Alfonso de Laurent Naouri et sa virevoltante serveuse, Monica Bacelli dans le rôle de Despina. Cette dernière possède un sens comique inné et prête à ses interventions le beau son d’un mezzo velouté. Tout au long de l’opéra on aura apprécié le timbre, la diction et le jeu de la mezzo qui illuminera les scènes de sa présence piquante. Le Don Alfonso de Laurent Naouri, royal, orchestrera sa supercherie pour mieux démontrer la frivolité de la femme, jeu auquel adhéreront les deux gaillards, Guglielmo et Ferrando, pour ensuite s’en mordre les doigts.

Le plateau tournant permet d’entrevoir une chambre visiblement lieu d’ébats, mais ce ne sera pas là que l’action se tiendra. David Bösch prend le parti de la placer dans l’ivresse du bar, lieu de vie, lieu de joie et de désillusions. Les costumes créés par Bettina Walter sont beaux et renforcent encore le comique et une certaine sensualité adolescente : vestes en cuir, robes sexy, donnant au quatuor une évidente modernité et jeunesse, flirtant parfois avec la vulgarité dans les gestes et postures. 

Veronika Dzhioeva (Fiordiligi) et Alexandra Kadurina (Alexandra Kadurina) © Carole Parodi | GTG
Veronika Dzhioeva (Fiordiligi) et Alexandra Kadurina (Alexandra Kadurina)
© Carole Parodi | GTG
Et si Fiordiligi, campée par Veronika Dzhioeva, chante pleine de ferveur un « Come scoglio » solide, sa voix large, assez engorgée manque un peu de jeunesse et passe parfois les lignes en force. On aura néanmoins ri de son rictus de bouche à la « absolutely fabulous », ses airs désabusés campant avec ferveur une Fiordiligi un brin vulgaire et volontiers alcoolo, tout comme la Dorabella d’Alexandra Kadurina, plus vamp qu’adolescente… Son chant est beau, le timbre chaud, les lignes étirées dans un style impeccable. Le duo fonctionne à merveille dans le « Prenderò quel brunettino » tout comme celui des deux amants. Si le Ferrando de Steve Davislim, indisposé, fera entendre des aigus tendus dans « una bella serenata », il s’épanouira dans les nombreux duos ourlés de la belle suavité du baryton de Vittorio Prato proposant un Guglielmo plein de charme et doté d’une voix saine, colorée et couronnée d’une belle projection qu’on aura apprécié dans un « Il core vi dono » d’une sensibilité magnifique.   

Les ensembles seront souvent très beaux, tel que le magnifique « Soave sia il vento », ou le sextuor de l’acte II, soutenus par un Orchestre de la Suisse Romande aux cordes fondues et aux très beaux solos notamment des cors et basson qui auront brillé souvent.

En somme, la soirée fut une belle réussite même si on aura pu regretter quelques décalages et autres imperfections vocales mais qui n’auront certainement pas pu durablement vous ôter le plaisir d’une équipe galvanisée par une mise en scène efficace de David Bösch, soulignée par des décors fastueux de Falko Herold : Mozart était au théâtre et a battu d’un cœur très humain. Bravo au travail de cette belle équipe !