Six pièces pour le Groupe des Six. C'est ainsi qu'était constitué le programme de la seconde soirée du cycle de concerts que la Maison de la Radio consacre à ceux qu'on a surnommés les « samedistes ». Arthur Honegger et Darius Milhaud étaient les seuls compositeurs manquants ce mercredi 9 octobre pour que le tableau soit au grand complet. Un Trio de Germaine Tailleferre, le Concerto pour piano et la Sonate pour hautbois et piano de Francis Poulenc, une Suite symphonique de Georges Auric et deux pièces de Louis Durey : quoique liée par une communauté d'inspiration, la soirée s'annonçait hétéroclite.

Mikko Franck © Christophe Abramowitz / Radio France
Mikko Franck
© Christophe Abramowitz / Radio France

Le début du Trio pour violon, violoncelle et piano de Germaine Tailleferre pèche d'emblée par quelques problèmes d'équilibre entre les interprètes. Le jeu très à la corde de la violoniste Hélène Collerette écrase bien souvent la ligne du violoncelle de Nadine Pierre, tandis que le piano de Catherine Cournot reste un peu en retrait. Cet écueil se fait cependant oublier dans les deux derniers mouvements où les trois interprètes, retrouvant leur cohésion, livrent des phrasés plus gracieusement nuancés, notamment dans les passages joués sur la touche du quatrième mouvement. 

Sur le point d'interpréter le Concerto pour piano de Francis Poulenc, Maroussia Gentet troque l'habituel Steinway — utilisé par Catherine Cournot dans le reste du programme — pour un Stephen Paulello. Caractérisé par son clavier élargi et son montage sur cordes parallèles, cet instrument singulier n'est pas étranger à la soliste puisque c'est sur celui-ci qu'elle a enregistré plusieurs pièces contemporaines de son dernier disque. Dans Poulenc, il confère à la partie de piano une sonorité et un timbre originaux ainsi qu'une grande précision des attaques.

Entièrement habitée par la partition, Maroussia Gentet respire au rythme de l'orchestre. Les articulations de la jeune soliste sont d'une souplesse étonnante, sans pour autant manquer de rigueur : chaque geste est une impulsion dirigée, si bien qu'il semble parfois que la pianiste joue déjà avant même d'avoir touché le clavier. La ligne mélodique du thème du premier mouvement, soutenue avec constance, s'agrémente d'aigus cristallins tandis que le caractère ironique du dernier mouvement en forme de rondeau est souligné par le jeu des accents. L'Orchestre Philharmonique de Radio France accompagne la pianiste avec brio, suivant avec application ses impulsions et les rapides changements de nuances qu'elle initie. 

L'exécution de deux pièces pour piano de Louis Durey par la même Maroussia Gentet se révèle par comparaison un peu moins inspirée. Si la lecture de la Romance sans paroles opus 21 intéresse par le travail de la clarté des différentes lignes mélodiques, mettant en valeur les augmentations et les renversements du thème, le Nocturne opus 40 semble plus monotone que mélancolique. 

La Sonate pour hautbois et piano, composée par Poulenc à la fin de sa vie, est notoirement difficile d'exécution. Après un premier mouvement « Élégie » qui met à rude épreuve les capacités de souffle de l'interprète, le second mouvement prend la forme d'un scherzo enjoué, avant le dernier mouvement « Déploration », qui change une nouvelle fois le caractère et conclut la sonate dans un quasi évanouissement du son. De la première à la dernière note, le hautbois d'Olivier Doise donne à entendre des sonorités amples et chaudes tout en déployant la vaste palette de caractères requis par la pièce. Le jeu très physique du hautboïste, soutenu par l'accompagnement attentif de Catherine Cournot au piano, ne peut que susciter l'admiration ; c'est sous des applaudissements nourris qu'Olivier Dubois regagne sa place au sein de l'orchestre. 

La dernière pièce de la soirée — la suite symphonique Phèdre de Georges Auric — permettait à la phalange d'être enfin la vedette de la soirée et d'offrir une fin en apothéose. Cette musique de ballet aux effets — et effectifs — spectaculaires sollicite en effet tous les pupitres de l'orchestre. Les percussions et notamment les cymbales, pensées par Auric comme indices musicaux de l'issue tragique du ballet, se distinguent tout particulièrement. Les contrastes de masse, soulignés par la direction placide de Mikko Franck depuis sa chaise, sont saisissants. L'entremêlement des timbres et l'accumulation des sons laissent tout abasourdi et enthousiaste à la fois, clôturant en beauté ce concert « 100% Six ». 

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