Le troisième weekend de la 35e édition du Festival de Beaune s'ouvrait avec une recréation française du Mitridate Eupatore d'Alessandro Scarlatti. Si l'écriture vocale n'est pas aussi spectaculaire que celle de Vivaldi et si le sujet peut paraître austère, cet opera seria tombé dans l’oubli après sa création à Venise en 1707 présente néanmoins de grandes qualités musicales, ici mises en valeur par Thibault Noally à la tête de son ensemble Les Accents.

Thibault Noally
Thibault Noally

Contrairement à Cigna-Santi, auteur du livret du Mitridate immortalisé par Mozart qui présente la conspiration finale contre le souverain du Royaume du Pont, le librettiste de Scarlatti, Girolamo Frigimelica Roberti, s’attache aux débuts du règne avec le retour d’Egypte du jeune Mitridate renversant Farnace qui usurpe le trône. Ainsi se déploient une quarantaine d'arias da capo concis et trois duos sur des motifs orchestraux d'une grande richesse et de séduisantes compositions ; le dialogue entre les hautbois, les trompettes et les voix sous forme de concerto grosso se décline tout au long de l'opéra, ce qui permet de déployer une grandiloquence orchestrale pour des rôles parfois un peu faibles dramatiquement (comme celui de Nicomède par exemple) et de contraster avec quelques récitatifs qui font retomber la tension dramatique (scène VII, acte III).

Du point de vus de l'interprétation, la plupart des rôles sont évidemment abordés par des voix féminines, seul un baryton figure dans la distribution. Si l'acoustique de la Basilique Notre-Dame rend parfois un peu brouillonne les virtuosités vocales, elle rend au contraire parfaitement articulé les efforts d'une articulation précise, notamment ceux de Blandine Staskiewicz qui épouse également avec brio les multiples facettes de son personnage, qui émeut dans la progression de son rôle, celui de Laodice, où elle est se montre d’abord rêveuse au premier acte ("Tra i perigli"), apeurée face à l'urne contenant la tête de son frère ("Cara tomba"), rayonnante enfin lors du dénouement glorieux à la fin de l'œuvre.

Le rôle le plus singulier et le plus attirant est incontestablement celui d'Eupatore, dont les traits prennent la voix pleine et androgyne d'Anthea Pichanick ; les pages les plus inventives lui son destinées, comportant autant de vaillance que de contemplation. Antigono est incarné par la claironnante Lucile Richardot, donc le timbre va jusqu'à se confondre parfois avec celui de Pichanik tant leur ambitus sont proches (tel le duo clôturant l'acte II). Le rôle beaucoup plus court de Pelopida est chanté par Sacha Hatala dont les sonorités caverneuses sont d'une noirceur qui attire l'oreille et fait regretter que l'on ne l’entende pas dans un rôle plus soutenu, à l'instar d'Anna Kasyan dans Nicomede qui ne peut ici montrer toute l’étendue de ses capacités.

Cette recréation de Scarlatti, œuvre dont les qualités n'ont pas été reconnues à l'époque de sa création, laisse rêveur quant au nombre de partitions oubliées qui attendent encore qu’un musicologue leur insuffle une nouvelle vie afin de rendre justice à leur valeur. Pour tous ceux qui n’ont pas eu la chance d’être à Beaune ce soir, le concert sera diffusé le 26 juillet à 20h sur France Musique.

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