La Principauté de Monaco s'est mise à l'heure québécoise ! Ce samedi marquait en grande pompe les débuts d’un partenariat entre l’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo et le gouvernement du Québec – rattrapant un projet de rapprochement qui aurait dû voir le jour dès le Printemps des Arts de Monte-Carlo 2020, mais qui fut bien entendu empêché par le Covid-19.

Emmanuel Pahud, Bernard Labadie et l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
© Michael Alesi / Direction de la Communication

C’est donc avec un intérêt aiguisé qu’on prend place dans l’Auditorium Rainier III en attendant Bernard Labadie, maestro qui n’a cessé de se distinguer ces dernières années de l’autre côté de l’océan dans les répertoires baroque et classique avec Les Violons du Roy notamment, mais qui est plus rare sur le Vieux Continent. L’OPMC s’installe en petite formation sur le plateau pour un programme d’œuvres de la fin du XVIIIe siècle, à la mesure des spécialités du maestro. Rien de tel que le style classique pour mettre à l’épreuve un orchestre et notamment ses cordes : contrairement aux tuttis massifs des grandes œuvres du siècle suivant où les imperfections peuvent se noyer dans la foule instrumentale, ici la moindre hétérogénéité peut s’entendre, qu’il s’agisse de l’intonation, de l’articulation ou du timbre.

Est-ce pour cela que les musiciens de l’orchestre semblent marcher sur des œufs dans la Symphonie funèbre de Joseph Martin Kraus ? Le discours est pourtant bien en place ; Bernard Labadie en souligne efficacement les contours, les progressions, les phrases, les petits motifs. Un tel soin est indispensable pour donner toute son éloquence à cette œuvre sombre, hyper expressive, composée un an après le décès de Mozart pour les cérémonies funéraires du roi de Suède Gustave III. Cette partition mériterait d’être un tube mais elle est rarement jouée ; c’était une première à l'OPMC, ce qui peut expliquer la prudence des musiciens qui ne se livrent pas totalement, n’entrent pas complètement dans la corde, ne vont pas chercher la densité du timbre dont on a pourtant besoin pour mettre en avant toutes les tensions mélodico-harmoniques du texte.

Ce léger manque s’estompera après l’entracte dans une Symphonie no 103 de Haydn assumée, dotée pour l’occasion non pas d’un simple roulement mais d’une vraie cadence de timbales formidablement livrée par Julien Bourgeois. Déjà excellent dans Kraus, le timbalier solo de l’orchestre monégasque s’avère remarquable dans ce répertoire, défendu avec un sens du drame et du phrasé suffisamment difficile à faire ressortir à ce poste pour qu’il vaille la peine d’être mentionné ! Le reste de l’orchestre suit bien le mouvement, soignant joliment l’intonation et la mise en place, cultivant le mystère de l'Andante et donnant au menuet toute sa joie rustique. L’ensemble aurait pu être plus éloquent encore, les articulations plus prononcées, les places d’archet et le vibrato plus systématiquement uniformisés, les parties d’accompagnement mieux conduites – mais pour un orchestre non spécialiste de cette grammaire musicale singulière, le résultat est déjà très convaincant.

Emmanuel Pahud, Bernard Labadie et l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo
© Michael Alesi / Direction de la Communication

L’autre attraction du jour n’avait pas grand-chose de québécois : le flûtiste Emmanuel Pahud était invité à se produire dans le Premier Concerto de Mozart et dans la fameuse « Scène des Champs-Élysées » d’Orphée et Eurydice de Gluck, où il a eu l’élégance de partager le célèbre solo central avec la flûte solo de l’OPMC, Raphaëlle Truchot Barraya, selon un dialogue aussi sobre qu’émouvant. Attendu comme le Messie à l’entracte par une armée de jeunes flûtistes admiratifs, le soliste des Berliner Philharmoniker a délivré avant cela une masterclasse éblouissante dans Mozart. Se glissant dans l’orchestre et en-dehors à volonté, filant souplement un phrasé orné d’un vibrato sensible, Pahud déploie une palette sonore d’une richesse rare sans jamais donner dans l'effet de manche superflu. Offert en bis, l’Andante K. 315 et ses mélodies infinies resteront le sommet de la soirée, le soliste emmenant tout l’orchestre à l’écoute dans son sillage, sous le regard toujours attentif de Bernard Labadie.


Le voyage de Tristan a été pris en charge par l'Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo.

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