C’est un véritable voyage poétique que nous ont proposé Ibrahim Maalouf et Angélique Kidjo ce 3 novembre dernier, au Palais Acropolis de Nice. Les artistes ont présenté, dans le cadre du festival C’est pas classique, leur nouvelle collaboration musicale intitulée Queen of Sheba. Au programme : métissage entre percussions africaines, orchestre à cordes, big band de jazz, chant poignant et solistes virtuoses.

Ibrahim Maalouf © Joseph Bagur
Ibrahim Maalouf
© Joseph Bagur

L’épopée musicale présentée ce soir, dont les paroles ont été créées par la chanteuse béninoise Angélique Kidjo et la musique composée par le franco-libanais Ibrahim Maalouf, a pour sujet l’incroyable rencontre entre le roi Salomon et la reine de Saba. Evoquée dans la Bible, dans le Coran et dans la Torah, la légende raconte que la reine, désireuse de mettre à l’épreuve la sagesse du roi d’Israël, lui proposa une série d’énigmes à résoudre. Parmi celles-ci, les deux artistes en ont retenu sept, qu’ils interprètent avec passion, en s’inspirant d’influences musicales diverses. L’occasion pour ces derniers de répandre un message de paix et de communion interculturelle.

C’est une salle comble, embaumée d’une ambiance enjouée que nous découvrons à notre arrivée. Dès le départ, nous sommes accueillis par un énigmatique programme composé de sept devinettes. Heureusement pour nous – au vu de la difficulté des énigmes – les réponses, qui annoncent les différentes parties du concert, sont notées au dos de la feuille. De quoi bien nous occuper en attendant l’arrivée des musiciens …

21h15, la salle s’assombrit et le spectacle commence. Lumières chaudes, danses africaines et passages instrumentaux improvisés ; nous voilà transportés vers des contrées lointaines. Ibrahim Maalouf, à la direction et à la trompette, n’hésite pas à mettre le public à contribution en lui confiant tantôt une partie rythmique, tantôt une section chantée. On remarque aussi la diction claire et précise d’Angélique Kidjo, parfaite dans son rôle de conteuse. Sa voix suave et ses textes en yoruba - langue parlée en Afrique de l’Ouest ainsi qu’en Amérique latine - se marient divinement avec l’énergie de l’accompagnement instrumental.

Les œuvres s’enchainent sans perdre une once de dynamique, nous assistons au contraire à une incessante montée en puissance. Dès lors, nous nous délectons des formules musicales obsédantes, répétées en boucle comme des incantations magiques. Loin de tomber dans la monotonie, nous apprécions particulièrement la diversité des associations timbrales : chant accompagné de nappes orchestrales, instruments solistes qui dialoguent, tutti massifs ; toutes les combinaisons sont exploitées ! La précision rythmique est également au rendez-vous, les musiciens répondent rigoureusement aux intentions du chef. Entre chaque chanson, Angélique Kidjo et Ibrahim Maalouf se livrent à de plaisants discours visant à expliquer avec humour la légende de la reine de Saba ainsi que plusieurs de leurs choix artistiques.

Grille de blues, rythmes africains, ornements orientaux ou encore formules symphoniques typiques... Il nous serait impossible de recenser avec exhaustivité toutes les influences que nous avons entendues ce soir !

Si à la vue de tous ces éléments hétérogènes, nous aurions pu croire à un simple patchwork d’objets musicaux sans liens entre eux, c’est finalement une admirable fusion qui résulte de ces sonorités. Nous attendons maintenant avec impatience la version studio de Queen of Sheba, annoncée prochainement.

*****