Le très jeune chef scandinave Klaus Mäkelä était l’invité de l’Orchestre National du Capitole de Toulouse pour une série de deux concerts dans la ville rose et en région à Ibos. Autour d’un programme consacré au style français, de Saint-Saëns à Messiaen, il a livré une interprétation personnelle et intense d’œuvres phares du répertoire, aidé en ce sens par István Várdai.

Klaus Mäkelä © Cheikki Tuuli
Klaus Mäkelä
© Cheikki Tuuli

Le concert débute avec l’œuvre la plus récente. Les Offrandes oubliées d’Olivier Messiaen prennent un sens pleinement méditatif et universel qui dépasse l’initiale pièce chrétienne. Klaus Mäkelä caresse les douceurs de la première partie « La Croix » d’un geste ample, comme pour faire respirer l’orchestre à cordes, les vents restant en retrait. Il déchaîne ensuite la course du « Péché », lançant les salves instrumentales et contrôlant leurs flux de nuances avec précision. L’accord final est clôturé d’un geste violent du maestro qui se fige instantanément alors que la grosse caisse résonne encore. Pour « L’Eucharistie », on revient à un geste plus minimaliste mais soignant toujours l’oscillation entre les teintes harmoniques. Klaus Mäkelä impose un long silence éloquent sur le dernier accord, les deux mains tremblantes. La magie musicale de Messiaen a fait son œuvre, remarquablement servie par le chef d’orchestre.

István Várdai rejoint l’ensemble pour le Concerto pour violoncelle n° 1 de Camille Saint-Saëns. L’entente finno-ougrienne dépasse la simple affinité linguistique car c’est un véritable dialogue qui s’installe entre l’ONCT et le soliste. Rugueux ou dansant sur le premier mouvement, István Várdai met l’humour au cœur de son jeu, avec un rubato développé et de nombreux sourires entendus avec le chef mais aussi les musiciens. La ritournelle centrale confère un air bon enfant à l’œuvre. Le discours du violoncelle est toujours très clair, très vibré mais sans excès. L’articulation avec l’orchestre est parfaite et l’enchaînement endiablé des traits en doubles cordes comme des thèmes plus reposés et mélancoliques se fait avec une facilité déconcertante. Le premier à applaudir István Várdai sera Klaus Mäkelä puis bien évidemment le public à qui sera offert en bis le prélude de la Suite n° 1 en sol majeur de Johann Sebastian Bach.

Viennent ensuite les Images pour orchestre de Claude Debussy. Klaus Mäkelä insiste sur l’aspect mystérieux de l’introduction du premier mouvement avant de travailler avec souplesse sur le rebond rythmique des Gigues. Sa main gauche contrôle avec force les tutti. Elle puise presque physiquement les accords puis les jette avec puissance dans Ibéria. Mimant les castagnettes, le chef insiste sur l’aspect désinvolte du rythme hispanisant puis reprend une direction plus ferme pour les salves orchestrales. Le duo entre l’alto et le hautbois solos est particulièrement intense. Les percussions sont admirablement mises en valeur par l’interprétation. Déjà magistral, l’emballement final du mouvement, avec cloches et pizzicati, provoque des applaudissements avant même le troisième mouvement. Dans les Rondes de printemps, Klaus Mäkelä insiste sur les cellules rythmiques présentes, préfigurant d’une certaine manière la pièce suivante. En effet, le Boléro de Maurice Ravel marque un enchaînement très logique avec l’œuvre debussyste. La caisse claire et les pizzicati, presque imperceptibles à l’amorce, laissent résonner la harpe et les autres instruments. L’ensemble joue également sur un effet de spatialisation de part et d'autre de la scène, avec le relais des deux caisses claires de façon continue sur toute la pièce. Certains relais multitimbres montrent un accord perfectible – l’unisson entre célesta, double piccolo et cor sonne faux. Hormis ce problème, l’enchaînement des paliers sonores conduit nécessairement à un finale grandiose largement récompensé par le public.

Après deux chaleureux saluts, l’ONCT toujours enthousiaste donne le dernier mouvement de la suite Ma Mère l’oye, « Le Jardin féérique », prolongeant un peu plus l’atmosphère introspective de cette soirée conduite d’une main de maître. Avant le bis, Klaus Mäkelä glisse au public un petit « Merci, or how we say in finnish, kiitos ». On peut lui dire en retour : merci, monsieur Mäkelä.

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