En pleine représentation de Tosca, l’Orchestre de l’Opéra de Lyon et son directeur musical Daniele Rustioni proposent au public un concert symphonique, rassemblant les symphonies nº 4 de Mendelssohn et Mahler. C’est toujours un exercice intéressant que d’entendre un orchestre habituellement dévolu au répertoire lyrique se confronter à la musique purement symphonique, car elle appelle d’autres qualités. Cela concerne aussi le chef, qui se montre cet après-midi quelque peu déroutant, parfois inspirant et souvent hésitant.

Daniele Rustioni © Marco Borrelli
Daniele Rustioni
© Marco Borrelli

On connaît le maestro italien pour sa fulgurance et son énergie galvanisante. On s’attendait donc à une symphonie de Mendelssohn pétillante, légère et rebondie. Le tempo plutôt tranquille qu’opte Rustioni constitue une première surprise. L’Allegro est plus commodo que vivace ici, conférant au mouvement une noblesse presque désuète mais non dénuée de charme. Les cordes, toujours aussi homogènes, sont soutenues par des bois colorés mais des cuivres bien lointains et effacés. Si l’interprétation se veut très classique, elle perd au fur et à mesure spontanéité et gaieté, embourbée dans un flux qui n’arrive pas à décoller. Il en sera de même pour le troisième mouvement. Malgré un spectre de nuances et de styles ample dans l’orchestre (tel un pupitre de cor très élégant), Rustioni ne propose rien de très captivant et laisse s’installer l’ennui. Sans doute l’acoustique de l’Opéra Nouvel, décidément peu adaptée pour le répertoire symphonique du fait de sa réverbération très sèche et mate, n’aide-t-elle pas les artistes à faire entendre le meilleur d’eux-mêmes.

Les mouvements pairs sont plus réussis. L’« Andante » central est pris sans complications ni fioritures mais avec une grâce et un naturel paisibles. Ce chant sans paroles est entonné avec un lyrisme certain aux cordes, et on retrouve Rustioni dans ses qualités de chef d’opéra, attentif à la ligne mélodique et sensible à la continuité du discours qui jamais ne s’essouffle. Le « Saltarello » final, qui justifie à lui seul le surnom de la symphonie « italienne », nous emporte dans une danse plus envoûtante que tranchante : on aurait espéré plus de fougue mais le mouvement n’en reste pas moins vivant et souriant. Rustioni s’amuse, s’adressant tour à tour aux violons ou aux bois pour insuffler une précision rythmique métronomique. La conclusion du mouvement, enfin incisive et mordante, satisfait le public lyonnais qui acclame avec vigueur le chef et son orchestre.

La Symphonie nº 4 de Gustav Mahler sera du même acabit, entre fulgurance et lassitude. Le chef hésite peut-être encore plus ici que dans Mendelssohn : ses tempos ne sont pas toujours clairs et sa vision globale de l’œuvre reste floue, inégalement convaincante dans son interprétation. Simple mais limpide, le troisième mouvement contraste avec le deuxième, plat et vertical. Si la clarté de la ligne est privilégiée au sentimentalisme dans le « Ruhevoll » central, le manque de diversité tant dans les sonorités que dans les caractères donne à entendre un deuxième mouvement bien trop rigoureux dans la forme et terne sur le fond. Il en est de même pour le mouvement initial, oscillant entre de grands moments de jubilation collective et d’autres complètements plats où Rustioni passe étrangement son chemin sur des aspects pourtant parfois essentiels dans l’architecture mahlerienne.

La merveilleuse Erika Baikoff viendra apporter du relief au paysage mahlerien dans un dernier mouvement sublimement introduit par la harpe et la clarinette. D’une voix pure et très expressive, tant dans la musique que dans le texte, la soprano russo-américaine enveloppe dans un écrin fragile mais transparent le paradis décrit dans le recueil Le Cor merveilleux de l’enfant. Côté orchestre, Rustioni, attentif aux moindres respirations et gestes de la soliste, se plie en quatre pour lui offrir le meilleur accompagnement possible. L’orchestre le suit et fait enfin entendre des timbres habités, terminant dans une sérénité presque pieuse.

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