Programme éclectique ce mercredi soir au Victoria Hall de Genève : l’Orchestre de la Suisse Romande et son nouveau directeur musical Jonathan Nott proposent le poème symphonique Pelléas et Mélisande d’Arnold Schoenberg accompagné de la Messe en mi bémol majeur de Franz Schubert avec l’appui des voix de l’Ensemble Vocal de Lausanne et un plateau de solistes.

Jonathan Nott © Paul Yates
Jonathan Nott
© Paul Yates

Sur le papier, on ne comprend pas bien le lien entre les deux œuvres, si ce n’est le désir d’attirer avec l’un et faire découvrir ce poème symphonique de Schoenberg, compositeur qui a la triste tendance d’éloigner un certain public des salles. Or l’œuvre proposée fait partie des premières grandes œuvres du tout début du 20ème siècle et est assez éloignée du Schoenberg dodécaphoniste. On ressent avec ce Pelléas et Mélisande les affinités avec Brahms, les élans wagnériens et le foisonnement d’un Mahler.

On note dès les premiers instants la belle homogénéité des vents sur les aplats des cordes graves. Jonathan Nott, penché en avant, le geste clair, suscite et obtient. La pièce sous sa baguette recèle un lyrisme évident, les vagues successives et le ressac peuvent mener à quelques saturations aux trombones et cors, rappelant ici les passages les plus puissants d’Elektra, mais globalement l’homogénéité est à l’œuvre. A souligner les très musicaux cors anglais Alexandre Emard et Sylvain Lombard et l’énergie émanant de l’orchestre qui empoigne avec fougue le discours sous l’impulsion et les gestes vifs de Jonathan Nott.

Changement d’ambiance et de configuration avec un Orchestre de la Suisse Romande bien plus restreint, l’ajout de cinq solistes ainsi qu’un chœur, l’Ensemble Vocal de Lausanne, pour interpréter cette fameuse Messe en mi bémol majeur de Franz Schubert.

L’œuvre est introduite de manière carrée et forte, mais donne à entendre un chœur aux soprani ternes, aux altos peu timbrées, un pupitre de ténors très fondus pour ne pas dire absents, et des basses manquant de coffre. A leur défaveur, la semaine précédente avait vu briller la Zürcher Sing-Akademie qui fut un bonheur de timbres, d’éclats dans les aigus et d’homogénéité dans les voix intermédiaires : la comparaison n’a fait qu’accentuer les différences entre les deux formations.

Malgré la belle énergie transmise aux musiciens par Jonathan Nott, le chœur restera bien souvent en deçà des attentes : le « Gloria » manqua de brillance et de projection vocale pour être convaincant ; quant au « Et Vitam venturi saeculi, Amen », il se mua en un morne et grand ruban homogène, heureusement bien soutenu et coloré par l’orchestre. Le « Sanctus », plus dramatique, fit son effet, mais le « Plaeni sunt Coeli » revint dans les travers précités. 

Heureusement les ténors Maximilian Schmitt et Bernard Richter vinrent ensoleiller le « Et incarnatus est » de leurs beaux timbres et d’un lyrisme bienvenu, le plateau de solistes complété par la voix peu projetée de Carmen Seibel et de ses collègues Carolina Ullrich et Alastair Miles, respectivement soprano et basse.

Ainsi, le public aura été attiré au Victoria Hall pour Schubert, mais celui-ci se révéla besogneux. C’est sans doute cela le plaisir du concert et de la musique live : rien n’est acquis d’avance et tout reste à conquérir tant musicalement qu’émotionnellement. Défi partiellement relevé ce mercredi soir par Jonathan Nott, qui réussit à enflammer Schoenberg mais s’empêtra dans un Schubert bien terne.