Festival d’ambiances au Victoria Hall ce mercredi soir avec un beau périple dans le monde de coloristes merveilleux, Debussy, Stravinski et Jarell, sous la direction sensible et haletante de Pascal Rophé, spécialiste des musiques contemporaines, ancien assistant de Pierre Boulez.

Tabea Zimmermann © Marco Borgreve
Tabea Zimmermann
© Marco Borgreve

En ouverture, quelle belle vision de la suite symphonique Printemps de Debussy que nous propose Pascal Rophé et les musiciens de l’Orchestre de la Suisse Romande : dès l’introduction, sous le charme de la flûte enchanteresse de Sarah Rumer, relayée par son collègue hautboïste Nicolas Cock-Vassiliou, hautbois solo du Hessischer Rundfunk de Francfort à la belle sonorité fruitée et ensoleillée !

Que dire de ces beaux effets de ressac, des douces élévations des vents, et notamment du beau pupitre de cors sous l’impulsion d’un Jean-Pierre Berry inspirant qui emmène ses collègues dans une incandescence solaire superbe soulignée par la fulgurance de trompettes splendides ! Pascal Rophé dirige l’orchestre d’un geste précis, invitant les pupitres successifs d’une manière souriante et néanmoins décidée et obtient de très belles dynamiques notamment aux cordes.

La première partie se clôturait avec Emergences-Résurgences, concerto pour alto et orchestre du genevois Michael Jarell, compositeur reconnu qui émaille régulièrement la scène musicale genevoise de ses créations telles que Trei II en 1983, Instantanés en 1986, Assonances en 1992, Sillages en 2005 avec Emmanuel Pahud, François Leleux et Paul Meyer, ou encore Un temps de silence avec Emmanuel Pahud sous la direction de Holliger, pour ne citer qu’elles.

Musique de sensations, elle fait place aux émotions, et propose une gamme étendue d’ambiances, qui loin de décontenancer, propose un périple dans des sonorités travaillées au sein de l’orchestre, tels que les beaux appuis de la grosse caisse, les scansions des cuivres rutilants, qui œuvrent, comme dans Debussy, au sentiment de ressac sous-jacent.

Non moins splendide aura été la prestation de l’alto solo Tabea Zimmermann qui est une des altistes les plus reconnues de sa génération, et qui œuvre tout particulièrement à la création contemporaine. Son profond, très belle projection, une amie musicienne me dit une phrase que je reprends volontiers : « la virtuosité du violon, la sensualité du violoncelle et l’écoute de l’altiste »… En somme toute l’ambivalence de l’alto, instrument splendide et malheureusement méconnu et rare en soliste.

On aura été bluffé à maintes reprises par les difficultés passées sans souci apparent par la musicienne offrant une gamme immense de nuances, dialoguant dans des aplats japonisants de cuivres ou par des effets de profondeur soulignés par des cordes graves pincées au piano.   On aura été subjugué par les pizzicati d’une virtuosité absolue puis, lors du final, par les frémissements de l’alto solo relayé par les clarinettes, flûtes et enfin un tremolo de grand tutti aux appels d’un tuba énorme ! L’alto solo, tel un oiseau sur une mer déchaînée finira seul sur une belle envolée : superbe !

Le concert se clôturait par les Scènes burlesques en quatre tableaux de Petrouchka qui offrit une belle énergie parfois émaillée par des trombones débordants. On soulignera le très beau solo du cor anglais d’Alexandre Emard, les nombreux passages au basson suave d’Afonso Venturieri, l’incandescence des cuivres, même si on aura pu regretter un Stravinsky qui aurait pu se lâcher un peu plus et quitter une lecture un brin scolaire.

La soirée fut donc enthousiasmante par bien des aspects, et si quelques réserves sont possibles, on passera sur ces dernières pour retenir l’énergie de la création ainsi que les belles sonorités d’un Orchestre de la Suisse Romande en belle forme.