Parmi l’infinité d’associations instrumentales que le monde de la musique regorge, le trio avec piano relève d’une place particulière. En effet, entre Beethoven, Ravel ou Piazzolla, tous les grands noms de la composition musicale se sont complu à associer violon, violoncelle et piano. Ce sont quelques-unes de leurs œuvres emblématiques qu’a décidé de mettre à l’honneur l’Opéra de Nice pour son traditionnel concert de midi.

Le concert débute avec l’incontournable Trio avec piano en mi bémol majeur opus 1 n° 1 de Beethoven, interprété par une formation entièrement féminine : Vera Novakova (violon), Zela Terry (violoncelle) et Maki Miura-Belkin (piano). Première œuvre publiée par Beethoven, le trio se caractérise par sa longueur inédite pour l’époque (1109 mesures), qui lui valu un accueil mitigé par son prédécesseur Haydn. Pourtant, plus de deux cents ans plus tard, la prolixité beethovenienne parait tout à fait relative face au gigantisme symphonique représenté entretemps par Mahler ou Schönberg. Se dévoile alors sur scène trois musiciennes en phase, particulièrement déterminées à faire ressortir toute la grâce qui caractérise la pièce. Si le violon se montre tour à tour brillant et léger, le piano se démarque quant à lui par ses traits rapides et sautillants. Le troisième mouvement est ponctué de coups d’archet puissants et prononcés. Le tout est bien équilibré.

Après avoir bavardé viennois, les instrumentistes se tournent maintenant vers la chaleur estivale argentine, à travers Verano Porteño de Piazzolla. En 1965, le compositeur esquisse une suite musicale descriptive, relatant des souvenirs de son pays d’origine à chaque saison de l’année. Verano Porteño – qui signifie « L’Été de Buenos Aires » – est un tango pittoresque, initialement imaginé pour violon, piano, guitare électrique, contrebasse et bandonéon. Afin de convenir à l’effectif du concert, c’est une version arrangée pour trio avec piano qui nous est proposée aujourd’hui. On y découvre un duel entre un violon mélancolique, aux longues tenues vibrées et un violoncelle de plus en plus présent, également en proie à l’expressivité. Face à l’émergence de ces deux fortes personnalités, le piano se fait discret, osant à peine plaquer quelques accords. Cette formidable densité d’événements sonores a le pouvoir de tenir en haleine la totalité de l’audience.

Dernière pièce programmée aujourd’hui, le Trio avec piano de Ravel, composé alors qu’il venait tout juste de s’engager comme volontaire pendant la Première Guerre Mondiale. La difficulté de l’œuvre réside tant au niveau de la gestion du tempo rapide que dans les acrobaties techniques demandées dans le deuxième mouvement, « Pantoum ». Concentrées, les instrumentistes nous livrent un premier mouvement intimiste. De la texture d’ensemble se dégagent des moments solistes avec un violon lumineux mais une violoncelliste qui peine à convaincre, en raison de l’approximation de certains de ses glissandi et harmoniques. Toutefois, le deuxième mouvement reprend de plus belle. Au vu de la complexité de sa partie – dont certains passages sont écrits sur trois portées – la dextérité et la prestance de la pianiste retiennent toute notre attention. Pourtant, le climax de leur proposition se situe au cœur de la troisième partie, avec une sonorité large et émouvante, qui aurait pu l’être encore davantage si les cordes frottées avaient revêtu leurs sourdines – comme Ravel l'indique vers la fin du mouvement. Enfin, la mesure à cinq temps du finale, de nature instable, se révèle bien maîtrisée par l’ensemble et l’œuvre se conclut dans une atmosphère des plus frénétiques.

On retiendra de cet ardent concert de midi une communication optimale entre les interprètes, visiblement habituées à travailler ensemble. Leur aisance leur a permis de proposer une interprétation énergique, impliquant un climat bien plus entraînant que propice à la confidence.

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