Une abbaye isolée dans la campagne, un public hétéroclite entre locaux aguerris et bobos en chemises à fleurs, de jeunes artistes aussi enthousiastes qu’extravagants et un répertoire frais et vivifiant : pas de doute, nous sommes bien dans un festival de musique baroque, en l’occurrence celui d’Ambronay dans l’Ain. Pour ce concert d’ouverture, l’Ensemble Jupiter brillamment mené par Thomas Dunford se place au service de sa mezzo-soprano, Lea Desandre, pour un récital 100% Vivaldi mené de bout en bout avec un panache pour le moins revigorant.

L'Ensemble Jupiter au Festival d'Ambronay © Bertrand Pichène
L'Ensemble Jupiter au Festival d'Ambronay
© Bertrand Pichène

Le programme, qui reprend en grande partie les titres de leur disque « Vivaldi » paru chez Alpha en 2019, mêle les grands tubes d’opéras aux concertos (violoncelle et luth) du prêtre roux. Les pièces instrumentales offrent aux solistes l’opportunité de briller au sein d’un effectif réduit, constitué d’un musicien par pupitre en plus du clavecin et du luth. Le concerto pour luth constitue une permanente invitation à la danse : aucune lourdeur, aucun appesantissement, à chaque instant les artistes font vivre cette musique qu’ils interprètent avec des rebonds d’un dynamisme phénoménal. À cela s’ajoutent des effets de surprise qui retiennent en permanence l’attention de l’auditoire disposé devant et derrière le plateau – comme cette mini-cadence entre les premier et deuxième mouvements, choix également opéré par le violoncelliste Cyril Poulet plus tard. Ce dernier impressionne aussi par sa grande vitalité, mais également par un sens aigu des dynamiques et un usage parfait du vibrato, utilisé avec parcimonie et intelligence.

Thomas Dunford au milieu de l'Ensemble Jupiter © Bertrand Pichène
Thomas Dunford au milieu de l'Ensemble Jupiter
© Bertrand Pichène

Mais c’est bien une performance collective qu’ont opéré les artistes ce soir. Il suffit de les voir pour se rendre compte de la complicité et la confiance qu’il règne entre eux. La communication tant visuelle que corporelle est permanente, et les échanges de sourires et de clins d’œil sont légions. Côté musique, la quintessence de la révolution baroque est présentée : tempos vifs, clarté de la polyphonie, sonorités riches et directes, tout tombe sous le coup de l’évidence. Des violons virtuoses de Théotime Langlois de Swarte et Sophie Gent à la contrebasse légère de Hugo Abraham en passant par le toucher agile de Pierre Gallon au clavecin et à l'orgue, tous les membres de l'ensemble se montrent d’une réactivité et d’une flexibilité instantanée face aux demandes de Thomas Dunford et surtout de Lea Desandre.

Lea Desandre © Bertrand Pichène
Lea Desandre
© Bertrand Pichène

Car c’est enfin le sans-faute de la mezzo-soprano franco-italienne qu’il convient de saluer, tant elle se montre à son aise dans ce répertoire. Avant un « Gelido in ogni vena » d’une beauté renversante, elle s’est départie sans mal des difficultés techniques des deux premiers airs, « Vedro con mio diletto » et « Armatae face et anguibus ». Desandre chante ces airs avec une limpidité et une saisissante clarté du verbe qui convainquent déjà le public. C’était sans compter un « Cum dederit » d’anthologie, dans une maîtrise absolue de la voix, suffisamment ample pour être émouvante quoique pas trop démonstrative. Après une telle soirée d’ouverture, on ne peut que féliciter doublement les organisateurs du Festival d’Ambronay d’avoir maintenu cette édition.

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