Dès 1914, Claude Debussy eut l’idée de conjuguer les sonorités intimes de la harpe, de la flûte et de l’alto. De ce mariage délicat est née sa célèbre Sonate, achevée l’année suivante. Depuis, nombreux ont été les compositeurs à avoir exploité les ressources timbrales du trio : Bax, Jongen, Jolivet, Takemitsu... C’est cette configuration instrumentale, conduisant à des sonorités fluides et légères, qu’a choisi de mettre à l’honneur l’Opéra de Nice à l’occasion d’un « voyage musical ».

Au programme du jour, Isabelle Demourioux (flûte), Magali Prévot (alto) et Helvia Briggen (harpe) nous proposent une escapade sonore au départ de l’Angleterre de Bax et de Britten, traversant l’Israël de Freidlin, le Japon de Taki et l’Inde de Shankar avant de rejoindre la France, représentée par Ravel. Malgré l’arrivée des beaux jours, force est de constater que le rendez-vous musical hebdomadaire offert par la ville de Nice affiche toujours salle comble. En effet, c’est dans une atmosphère chaleureuse que nos musiciennes apparaissent sur scène et entonnent leurs premières notes.

Composé au printemps 1916, le Trio élégiaque d’Arnold Bax honore la mémoire de ses amis tombés au combat lors de l'insurrection de Pâques – conflit qui opposa les nationalistes irlandais à la milice britannique à Dublin. Pourtant, l’œuvre n’exprime aucune violence, elle exalte au contraire un climat rêveur et méditatif. Dans la première des deux sections qui composent le trio, on découvre un dialogue marqué par de longues lignes mélodiques, entre un alto aux graves intenses et une flûte légère et habile. La harpe, quant à elle, soutient le tout par des arpèges animés. On s’enthousiasme particulièrement pour le subtil mariage entre le timbre rond de l’alto et la suavité de la harpe, d’où le caractère « élégiaque » de l’œuvre qui prend tout son sens.

Deuxième œuvre proposée, le Lachrymae de Benjamin Britten est une série de douze variations sur le thème If my complaints, could passions move de John Dowland. S’il est d’usage d’exposer le thème au début de l’œuvre, le compositeur choisit ici de le réserver pour la toute fin. En soulignant bien chaque climat propre à chaque variation, les musiciennes font preuve d’une grande fidélité envers l’esprit de la pièce. Les instruments se montrent tour à tour agressifs, lyriques, inquiétants ou encore contemplatifs. Le thème de fin apporte quant à lui une certaine pérennité, instaurant un véritable repos face aux tensions accumulées lors des différentes variations.

Rarement interprétée, Music of the Passing Summer de Jan Freidlin révèle une flûtiste en pleine lumière, maitrisant nombre de pirouettes techniques, comme le flatterzunge, un roulement de langue répété très rapidement. Notre voyage musical se poursuit avec L'Aube enchantée de Ravi Shankar, pièce descriptive représentant un lever de soleil en Inde du Nord. Si l’on aurait préféré que les instrumentistes se détachent davantage de la partition afin de mieux rendre l’aspect improvisé caractéristique de la musique indienne, les ornements rapides de la flûte sont tout à fait convaincants. 

Autre œuvre exaltant la nature et les paysages asiatiques, Koyo no tsuki du compositeur Rentaro Taki est inspirée du poème éponyme de Bansui Doi, dont le titre signifie « Clair de lune sur un château en ruines ». On apprécie la simplicité de l’interprétation : des lignes mélodiques chantantes et un accompagnement sobre.

Ce périple se conclut sur l’élégante Sonatine pour flûte, alto et harpe, initialement écrite par Maurice Ravel pour le piano. Bien que le début soit un peu plat avec des nuances peu marquées, la fin tient toutes ses promesses au moyen d’une interprétation énergique. On retiendra une communication efficace entre les musiciennes, aboutissant à une belle homogénéité d’ensemble.

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