C’est au tour de l’Orchestre National de Lyon de faire sa rentrée dans son Auditorium. L’ambiance y est conviviale, avec un public particulièrement heureux de pouvoir de nouveau fréquenter escaliers et sièges de la salle lyonnaise. Il l’est d’autant plus que c’est au nouveau directeur musical, le Danois Nikolaj Szeps-Znaider, de diriger ce concert aux allures résolument viennoises, subtilement distillé d’extraits de textes de Stefan Zweig déclamés par la pétillante Julie Depardieu.

Le public lyonnais a retrouvé son Orchestre National et son Auditorium © Nicolas Auproux
Le public lyonnais a retrouvé son Orchestre National et son Auditorium
© Nicolas Auproux

Après des premiers extraits du Monde d’hier de l’écrivain autrichien, l’ouverture d’Oberon de Carl Maria von Weber lance la soirée sur les chapeaux de roue : Szeps-Znaider rassemble tout de suite ses musiciens et veut montrer que la distance physique qui les sépare, Covid-19 oblige, n’est pas un problème. De fait, l’orchestre répond présent, avec par exemple des cordes bien homogènes. Le chef est d’une clarté rassurante pour les musiciens, avec un geste précis et bien dosé, qui fait que l’orchestre aborde la partition avec une fraîcheur et une énergie communicative.

Nikolaj Szeps-Znaider, lors de son premier concert en tant que directeur musical de l'ONL © Nicolas Auproux
Nikolaj Szeps-Znaider, lors de son premier concert en tant que directeur musical de l'ONL
© Nicolas Auproux

Il en sera de même dans la suite du Chevalier à la rose de Richard Strauss. Faire dialoguer le compositeur allemand avec Stefan Zweig est habile, tant on connaît les liens qui unissaient les deux hommes et l’admiration mutuelle qu’ils se livraient. Dans la continuité de l’ouverture, Szeps-Znaider continue de montrer qu’il mène la barque dans des tumultes straussiens plus imprévisibles que dans Weber. Les ralentis et les crescendos sont menés avec une grande intelligence et cette suite de valses est conduite avec une fluidité agréable. La grâce et la pointe de nostalgie propre au style straussien ne sont pas oubliées, et le maestro invite les musiciens à une écoute permanente, encourageant un dialogue particulièrement habité entre le violon solo Giovanni Radivo et le hautbois solo Jérôme Guichard.

Légère déception en revanche pour La Valse de Ravel, donnée en fin de concert. Si là non plus la battue toujours nette du Danois n’est pas à remettre en cause, quelques éléments viennent apporter une petite frustration. Outre le tempo, assez rapide tout du long, la direction parfois trop mécanique du maestro donne l’impression que cette Valse pourtant si sensuelle file droit et donc finisse par sonner trop distante. L’effet sera confirmé par des percussions très sonores et une vision finalement trop grandiloquente pour que puisse opérer toute la magie à la fois intimiste et schizophrène de cette Valse.

Saleem Ashkar, sous le regard attentif de Nikolaj Szeps-Znaider © Nicolas Auproux
Saleem Ashkar, sous le regard attentif de Nikolaj Szeps-Znaider
© Nicolas Auproux

Mais peut-on vraiment regretter cette Valse moins réussie après avoir entendu donc un Weber pétillant, un Strauss émouvant mais aussi un Concerto pour piano nº 20 d’une cohérence parfaite de bout en bout ? Non, car le soliste Saleem Ashkar – qui remplace Yuja Wang initialement programmée – et les musiciens qui l’accompagnent livrent un concerto mozartien vivant et exalté. Les fameuses syncopes du début donnent le ton : l'accompagnement est sobre mais présent, permettant au pianiste d'exposer sans crainte ses choix interprétatifs qui convainquent. Entre deux cadences très beethovéniennes (accents et dynamiques appuyés) dans les premier et troisième mouvements, et un jeu globalement détaché qui s’appuie davantage sur la clarté des articulations que sur une utilisation accrue de la pédale, Ashkar marque les esprits et emporte largement l’adhésion du public.

Celui-ci lance donc une salve d'applaudissement enthousiastes pour l’ouverture de la saison, à la fois reconnaissant de pouvoir enfin revenir à l’Auditorium et soulagé de retrouver un chef et son orchestre au meilleur de leur forme, qu’on espère aussi vive toute cette année. 

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