Pour fêter les cent ans de la naissance de Leonard Bernstein, quoi de mieux que de lui rendre hommage en remontant l’une de ses plus célèbres comédies musicales, Wonderful Town  C’est le pari audacieux qu’a relevé avec brio le directeur musical de l'Orchestre philharmonique de Nice, György G. Ráth, élève du compositeur. Au programme, une distribution jeune et énergique incarnée entre autres par Veronica Granatiero, Kamelia Kader et Adam Horvath.

 

Créé à Broadway en 1953, Wonderful Town est une véritable déclaration d’amour de Bernstein pour la ville de New York. Composée quatre ans avant le fameux West Side Story, cette comédie  retrace l’histoire de deux sœurs originaires de l’Ohio, ayant décidé de conquérir la « grosse pomme ». Si la première des sœurs, nommée Ruth, aspire à devenir écrivain, sa cadette, Eileen, se rêve danseuse internationale. Malgré leur motivation, les deux femmes se heurtent aux dures lois de la vie new-yorkaise : concurrence déloyale, cupidité, mœurs légères et jalousie…

Composée en un mois seulement, la musique de Bernstein fait entendre une ambiance musicale jazzy, qui colle à merveille avec le New York des années 30. Un des enjeux majeurs pour l’orchestre est de parvenir à rendre le swing – élément essentiel du jazz – qui anime toute l’œuvre.

Ce vendredi soir, l’Opéra de Nice affiche complet. C’est un public massif et éclectique qui est venu applaudir les chanteurs, le chœur et l’orchestre philharmonique niçois, espérant assister à un formidable voyage musical. En effet, il ne s’était pas trompé : dès les premiers accords fougueux de l’ouverture, nous quittons Nice et mettons les voiles vers l’Amérique. 

Sur scène, les choristes sont vêtus d’écharpes multicolores. En l’absence de décor, c’est aux musiciens que revient la lourde tâche d’incarner l’atmosphère insouciante de Greenwich Village. Se met alors en place un cortège de musiques de danse, de songs et d’intermèdes symphoniques. On y découvre une Veronica Granatiero (Eileen) majestueuse, à la voix parfaitement placée et dont le large vibrato se transforme progressivement en sanglots (« Ohio »). Son chant expressif se retrouve perpétuellement interrompu par des passages orchestraux regorgeant de formules mélodiques obsédantes. Quant à Kamelia Kader (Ruth), on regrette ces trop nombreux passages où les instruments semblent légèrement couvrir sa voix. En revanche, le public est d’accord pour saluer ses envolées lyriques divinement maîtrisées (« Ohio »). Son timbre suave se marie à merveille avec la voix profonde d’Adam Horvath (Robert), qui brille par la précision de ses notes tenues (« A Quiet Girl »). On apprécie également la diction théâtrale adoptée par l’ensemble des solistes, notamment lors des sections parlées qui préludent au chant. C’est d’ailleurs le puissant baryton Thierry Delaunay (Wreck) qui s’illustre particulièrement dans cet exercice ; sa déclamation syllabique contribue largement au réalisme de la scène (« Pass the football »).

Entre réminiscences de motifs déjà entendus (« Conquering New York »), airs et duos passionnés (« A little bit in love ») et fanfares aux rythmes cubains (« Ballet at the Village Vortex »), les numéros se suivent et ne se ressemblent pas ! De quoi ravir tous les mélomanes présents dans la salle. Le premier acte se termine par un « Conga ! » endiablé, qui marque le moment fort du spectacle.

Plus court, le deuxième acte n’en demeure pas moins intense. En effet, celui-ci montre la phalange niçoise sous son meilleur jour, à travers des thèmes lyriques et délicats, savamment orchestrés. On sent l’ensemble bien plus à l’aise lors des passages plus calmes que lors des numéros de danse. On remarque également l’énergie débordante du chœur, très précis rythmiquement, percutant et puissant (« Swing ! »). Autre bonne surprise ce soir : les brillantes sections de cuivres et de percussions, qui contribuent efficacement à la dynamique d’ensemble. 

Eclectique, tel est le mot approprié pour résumer cette soirée. Des quadrilles impétueux aux duos langoureux, en passant par les costumes des chanteurs, on a pu assister à un concert riche en couleurs. On ne saurait imaginer un meilleur hommage à Bernstein et à la ville qui ne dort jamais. 

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