C’est fraîchement auréolés de leur triomphe dans Tristan et Isolde qu’Alain Altinoglu et l’Orchestre Symphonique de la Monnaie retrouvaient la scène du Palais des Beaux-Arts pour la clôture de leur intégrale des symphonies de Beethoven entamée il y a déjà près d’un an.

Alain Altinoglu © Marco Borggreve
Alain Altinoglu
© Marco Borggreve

Mais dans la Symphonie n° 8 qui ouvre la soirée, ni le chef ni l’orchestre ne se montrent sous leur meilleur jour. Dès les premières mesures, on est surpris par le son massif et quasi karajanesque de l’orchestre. Cette approche, qu’on n’a plus l’habitude d’entendre de nos jours, repose sur des cordes proéminentes qui – à l’instar du chef – brillent plus par leur énergie que par leur raffinement, jouant très fort dans une sonorité brute de décoffrage. Si les cuivres réussissent à bien se faire entendre, les bois sont relégués nettement plus loin dans le paysage orchestral. S’agit-il d’un pied de nez délibérément adressé à la préférence actuelle pour un son dégraissé dans ce répertoire – et surtout dans cette œuvre spirituelle qui renvoie tellement à l’humour et l’impertinence de Haydn ? Ou est-ce dû à un manque de répétitions ? Toujours est-il que le résultat est franchement lourd et peu convaincant. Les choses s’améliorent cependant dans le second mouvement qui ne manque pas d’esprit, alors que les cors font entendre de belles choses dans le trio du menuet. Quant à l’« Allegro vivace » final, il manque à nouveau cruellement de finesse et clôture une interprétation qui a de quoi laisser l’auditeur sur sa faim.

La suite du programme s’avère nettement plus réussie, à commencer par la création de Climbing-Dancing, bref concerto pour violoncelle et orchestre de Bernard Foccroulle, dédié à la regrettée chorégraphe américaine Trisha Brown.

Orchestré de manière très transparente par l’ancien intendant de la Monnaie, le « Molto lento » initial débute par un beau et sinueux soliloque lyrique du soliste – l’excellent Sébastien Walnier – qui entre ensuite en dialogue avec le violoncelle solo de l'orchestre bientôt suivi par toute sa section, avant que les autres pupitres ne se joignent à l'ensemble. Le bref second mouvement, « Molto vivo », fait entendre un soliste virtuose et plein de caractère luttant vaillamment contre l’orchestre. Chaleureusement accueillie par une salle bien remplie, cette œuvre – dont le traitement très subtil de l’instrument soliste et les timbres orchestraux magnifiquement dosés rappellent les illustres précédents de Dutilleux ou Lutoslawski – est un véritable bijou et un précieux ajout au répertoire contemporain de l’instrument.

Retour à Beethoven pour conclure la soirée. Si la Symphonie n° 8 a déçu, la Symphonie n° 7 fait excellente impression. Tout d’abord, la qualité sonore s'avère incomparablement meilleure, surtout de la part des violons superbement disciplinés. L'ouvrage donne par ailleurs l'impression d'une direction plus franche, Altinoglu prenant l’œuvre en main avec une indéniable autorité, ne serait-ce que dans sa façon de conduire un crescendo. Dans l’« Allegretto », la phrase d’ouverture des cordes graves fait entendre un véritable sens du mystère – qu’on retrouve dans le passage fugué – avant l’entrée des bois qui se déploient avec beaucoup de liberté.

Le chef se montre volontiers spectaculaire voire légèrement cabotin dans sa gestique. Après un scherzo plein d’énergie, l’ensemble délivre un finale plein d'enthousiasme et de conviction, dans lequel se distingue le très beau travail du timbalier.

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