Depuis 2010, le Théâtre de la Ville et le Musée de Danse à Rennes (dirigé par Boris Charmatz) organisent le concours biennal pour jeunes chorégraphes « Danse Elargie ». La dernière édition de Danse Elargie en 2016 s’est inscrite dans le cadre de l’année France-Corée : deux jurys ont été rassemblés à Paris et à Séoul et ont décerné six prix de chorégraphie. Le Théâtre de la Ville revient ainsi sur cette aventure artistique en ouvrant la nouvelle saison avec le programme Danse élargie suite ! qui présente les six créations primées l’an dernier.

Seyoung Jeong : <i>Deus ex machina</i> © JD Woo
Seyoung Jeong : Deus ex machina
© JD Woo

Le parcours démarre hors les murs, dans la cour des Abbesses, avec la performance du collectif « La Ville en Feu » intitulée Le Sacre. Treize comédiens-danseurs chantent a capella l’air du Sacre du printemps d’Igor Stravinsky. Il n’a malheureusement pas été possible d’apercevoir cette première création pour plus de la moitié des spectateurs, bloqués à l’extérieur de la cour trop étroite.

Déplacement, du chorégraphe syrien Mithkal Alzghair, a reçu le Premier Prix de Danse Elargie à Paris. Trois danseurs lèvent les mains au ciel et scrutent, effarés, le public. Au bout de quelques instants, ils entament de petits pas de danse traditionnelle dabké. Si les bras en l’air évoquent sans détour l’impuissance et la violence face à la guerre en Syrie dans une injonction au public limpide, la création d’Alzghair est loin d’être bouleversante. Le jury de Paris se serait-il ému du sujet incontestablement déchirant de la pièce, au détriment du son traitement chorégraphique plus décevant ?

Glory, de la chorégraphe coréenne Lyon Eun Kwon, récompensée à Paris par le jury mais aussi par le public, établit un parallèle amusant entre la discipline militaire et celle du ballet classique. Afin d’être exempté de service militaire, un jeune Coréen s’entraîne avec détermination à la technique classique, la singeant d’une façon soldatesque et la transformant en une technique de combat. Une proposition plutôt réussie, et exécutée avec virtuosité !

On reste dans le registre de l’humour avec le Printemps pourri : le Sacre de Gaëtan Bulourde, une pièce qui s’inscrit dans un style qu’on pourrait apparenter à la non danse. Trois personnages absurdement vêtus de serpillères et de haillons évoquant les costumes païens portés par les danseurs de Nijinski reviennent sur le scandale qu’avait suscité Le Sacre du Printemps en 1913. Drolatique, mais sans grande profondeur.

La Horde © Laurent Philippe
La Horde
© Laurent Philippe

La création Deus ex Machina de Seyoung Jeong est le Premier Prix décerné par le jury de Séoul. Partant du concept de dénouement impromptu, Seyoung Jeong propose trois petites saynètes appelées « Leap », « Hop » et « Jump » dont la conclusion est un clin d’œil systématiquement absurde. Un homme branche une bouilloire qui clapote en éclaboussant le sol, un autre renverse des ventilateurs qui tambourinent contre le sol, un troisième se pend à une barre métallique et s’élève dans les airs en souriant. 

Le programme s’achève sur la création du collectif La Horde To Da Bone. Depuis quelques années, La Horde a fait sien le langage du krump, une mouvance de street dance développée sur internet. Mais d’une pratique solitaire et virtuelle, La Horde fait du krump une chorégraphie collective ancrée dans une scénographie hyperréaliste et underground. Un travail intelligent, à suivre attentivement au cours des prochaines années.

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