Pour sa deuxième session symphonique de l’année, l’Orchestre de Pau Pays de Béarn proposait un programme entièrement consacré à la figure de Beethoven. Trois œuvres, séparées de moins d’une décennie dans leur création, annonçaient une soirée autour du versant classique du compositeur : l’ouverture des Créatures de Prométhée, la Symphonie n° 4 et le Concerto pour piano n° 5 « L’Empereur ».

Rémi Geniet © Jean-Baptiste Millot
Rémi Geniet
© Jean-Baptiste Millot

À sa montée sur scène, pas de prise de parole introductive pour Fayçal Karoui qui propose une entrée en matière immédiate contrairement à son habitude. L’ouverture de l’unique pièce musicale pour ballet du compositeur allemand démarre tendrement aux cordes sous la baguette du chef, mais laisse place rapidement à des salves symphoniques plus traditionnelles et très contenues. Malgré la sensibilité de l’exécution, le concert peine à démarrer. La Symphonie n° 4 en si bémol majeur débute de la même manière, avec un « Adagio » introductif très feutré et très piano, peut-être trop puisque les timbres s’individualisent parfois parmi les cordes.

Fayçal Karoui allume enfin l’étincelle beethovenienne avec les premiers puissants accords de l’« Allegro vivace », soutenus par des timbales généreuses, et propose un bouillonnement contenu, accentuant les phrasés encore très classiques de l’œuvre. Le chef poursuit en jouant avec les multiples cadences non conclusives offertes par la pièce. L’« Adagio » demande au chef palois une attention continue auprès de ses premiers violons. Il laisse tomber, presque inaudible, la fin du motif rythmique du « Menuetto », accentuant ainsi les contrastes entre timbres, nuances et atmosphères. L’« Allegro ma non troppo » marque la montée en puissance, toute progressive, de l’ensemble au fur et à mesure de la soirée. De rebonds rythmiques en rebonds rythmiques et de gammes virtuoses en gammes virtuoses, le maestro parvient à convoquer la puissance beethovenienne attendue, notamment grâce à ses pupitres de vents qu’il remerciera à juste titre lors du salut.

Pour des raisons vraisemblablement techniques, le concerto est repoussé, contrairement à l’annonce faite sur le programme et aux usages habituels, en deuxième partie au lieu de sa traditionnelle place centrale. Rémi Geniet, habitué de l’œuvre de Beethoven, aborde le Concerto n° 5 « L’Empereur » en proposant un jeu modéré, sans lyrisme. L’interprétation de l’« Allegro » est extrêmement sobre, sans rubato même en fin de mouvement et ne devient réellement expressive qu’à partir de la réexposition. L’« Adagio un poco mosso » perdure dans cette atmosphère équilibrée mais plus tendre sous la baguette de Fayçal Karoui qui soupire avec l’orchestre, sans partition aucune tout comme Rémi Geniet. Le chef demande à ses vents et ses cordes un peu plus de piano pour laisser passer le jeu délicat du bout des doigts du jeune soliste.

Le « Rondo » est lui plus explosif et contrastant, même si le tempo choisi limite cet aspect. Le pianiste joue parfaitement sur le discours et ses nuances, dans son dialogue avec l’orchestre comme dans ses passages virtuoses, entre les différentes parties du thème. La technique est imparable, l’ovation enthousiaste. Bien que présentée avec soin, la facette classique de Beethoven a cependant peiné à s'imposer lors de ce concert face aux lectures habituellement plus flamboyantes des œuvres de ce « père du romantisme » musical. 

Rémi Geniet offre ensuite un bis généreux au public du Palais Beaumont. Il poursuit d’abord l’exploration beethovenienne avec le scherzo de la Sonate n° 29 « Hammerklavier », œuvre plus caractéristique du langage tardif du compositeur allemand. C’est ensuite une Mazurka de Frédéric Chopin qui est donnée au public avec un jeu un peu plus expressif et lyrique, mais toujours très contenu. Enfin, Rémi Geniet exécute le long arrangement de la « Chaconne » de la Partita n° 2 pour violon en ré mineur de Johann Sebastian Bach par Ferruccio Busoni, réunissant dans son jeu classicisme et romantisme, le tout sous l’œil et le sourire complice des violonistes de l’OPPB. L’exécution est en effet plus détendue et les accords parfois rustiquement marqués ; le virtuose dépasse enfin le jeu raisonnable proposé jusqu’ici.

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