Enfants prodiges, compositeurs d’œuvres de grande envergure, vénération des maîtres de la Renaissance sont autant de points communs que partagent Bruch et Brahms. Afin d’apprécier au mieux leurs convergences stylistiques, le Festival de Verbier a choisi de réunir les deux artistes allemands au cœur d’un programme alliant l’exaltation de Janine Jansen à la suavité de l’Orchestre de Chambre du Festival de Verbier, dirigé par Antonio Pappano.

Janine Jansen, Antonio Pappano et l'Orchestre de Chambre du Festival de Verbier
© Janosh Ourtilane

Forêts boisées, effluves de fleurs des montagnes ; depuis la salle des Combins, la musique résonnera ce soir jusqu’aux sommets alpins aux neiges éternelles. Avant même l’arrivée du public, les musiciens de l’orchestre bouillonnant, déjà installés sur scène, répètent leurs morceaux de bravoure, à l’écoute et à la vue de tous. Plus l’heure approche, plus les traits se font vigoureux et sonores. Entre alors en scène la soliste invitée. Dès les premières notes du Concerto pour violon et orchestre le ton est donné ; cette interprétation sera romantique et passionnée ou ne sera pas. Usant d’un vibrato ardent et d’ornements enflammés, le jeu de la virtuose est charnel et divinement incarné. Redoublant d’énergie à chaque mouvement, elle transcende l’ensemble instrumental en lui insufflant une formidable dynamique. Son archet mène une course folle à travers les quatre cordes, tandis que sa main gauche file à toute allure sur toute l’étendue du manche. Conséquence de son enthousiasme débordant, quelques rares attaques semblent parfois manquer de précision. Le tout est parfaitement compréhensible et l’on apprécie largement ce parti pris interprétatif assumé.

Loin de s’enfermer dans un récital solitaire, Jansen instaure plusieurs sessions de regards communicatifs, ainsi que d’intenses passages de questions-réponses avec l’orchestre. La sonorité de ce dernier est compacte et toute aussi énergique. Si l’écriture de Bruch donne la primauté aux cordes, les pupitres de basson et clarinette se révèlent sémillants à souhait.

Antonio Pappano dirige l'Orchestre de Chambre du Festival de Verbier
© Janosh Ourtilane

La représentation faisant l’objet d’une captation vidéo, des écrans situés de part et d’autre de la scène retransmettent les détails les plus intimes de l’exécution : des annotations adjointes sur les partitions aux fines expressions faciales des musiciens et du chef. D’habitude inaccessibles aux spectateurs, le visage du chef et ses indications sont instantanément révélées grâce au dispositif. On apprend alors que Pappano chante les mélodies qu’il dirige : teintées d’un phrasé vocal, celles-ci prennent une tournure de cantilène.

La Sérénade n° 1 de Brahms débute avec une verve similaire. On y découvre les pupitres de vents revêtus d’un tout autre registre, celui de la légèreté. La section de cors, particulièrement représentée dans la pièce, s’illustre par sa brillance. L’interprétation est guidée par la battue ample et souple de Pappano, aux temps marqués et franchement délimités. Attaché aux effets triomphants, l’ensemble se montre également à l’aise lors des mouvements dansants. Si les parties centrales connaissent un léger passage à vide  – se manifestant notamment par des départs moins précis –, l’ensemble suisse regagne en fougue lors du finale. Mention spéciale aux violoncelles et aux percussions, incisifs et scrupuleux dans leurs traits rapides.

À en croire les cris de joie émanant des quatre coins de la salle, Jansen et l’Orchestre de Chambre du Festival de Verbier auront su remarquablement déchaîner foules et passions.


Le voyage de Manon a été pris en charge par le Festival de Verbier.

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