En entendant Bernard Labadie raconter les différentes péripéties des derniers jours, qui ont obligé l’orchestre à engager Mireille Lebel in extremis afin de remplacer Magdalena Kožená qui a dû déclarer forfait pour des raisons familiales, on ne peut qu’applaudir les responsables de l’ensemble d’être arrivés à sauver les meubles et à pouvoir malgré tout présenter les concerts prévus à Québec et Montréal et partir en tournée sud-américaine la semaine prochaine. La salle, loin d’être remplie à pleine capacité – d’aucuns ont pu être refroidis par le changement de tête d’affiche –, a néanmoins réservé un accueil chaleureux à la mezzo-soprano vancouveroise, une habituée des Violons du Roy qui fait carrière en Allemagne et en France.

Bernard Labadie © François Rivard
Bernard Labadie
© François Rivard

Le bilan de la soirée est en demi-teinte. Chausser les souliers de Magdalena Kožená était un défi certain, en particulier à quelques jours de préavis et en conservant à peu près le même programme. Etant donné les circonstances, Mireille Lebel livre une prestation honorable. Il y a bien de minimes flottements à l’occasion. Certains airs – pensons à « Cara sposa » (Rinaldo de Haendel) – auraient pu être davantage mûris. Nous ne saurions cependant tenir rigueur à la chanteuse pour ces imperfections, inévitables dans une telle situation. On regrettera surtout des aigus quelque peu craintifs et durs lorsqu'émis à la suite de sauts ascendants. A l'inverse, dans les descentes par mouvements conjoints, le son a parfois tendance à décrocher, mais c’est là un problème pour nombre de chanteurs. La propension à vouloir colorer la voix dans les passages plus véhéments – comme dans « Agitata infido flatu » (Juditha Triumphans de Vivaldi) ou « Scherza infida » (Ariodante de Haendel) – peut en outre donner au timbre une coloration acide. L’engagement scénique très physique de la mezzo-soprano, surtout dans ses deux premiers airs, de même que son médium généralement riche et velouté, contribuent toutefois à faire oublier ces soucis techniques.

Comme toujours, la prestation de Bernard Labadie est un succès sur toute la ligne. De l’ouverture de Giulio Cesare, en début de programme, à la toute dernière aria, le chef fouette ses troupes avec ardeur. Dans les deux concertos grossos de Haendel, il se retrouve en territoire archi-connu. L’opus 6 n°5 – celui du Déclin de l’empire américain ! – avait notamment été joué par l’ensemble pas plus tard qu’en avril. Certains pourront trouver le premier mouvement un brin rapide – on s'attend à plus de solennité dans cette sorte d'ouverture à la française –, mais l’option interprétative de Labadie se défend et est loin d’être anti-musicale. On ne peut également que goûter la manière qu’a le chef de sculpter le son de ses mains dans les mouvements lents, tout comme ses irrésistibles crescendo, savamment dosés, dans certains mouvements rapides comme l’Allegro de l’opus 6 n°7 ou le second Allegro du n°5. À la fin du Menuet du n°5, fortement contrasté, l’orchestre sonne avec tant de plénitude qu’on croirait entendre un orgue. Dans le Presto, les violonistes Pascale Giguère et Pascale Gagnon et le violoncelliste Raphaël Dubé en mettent également plein la vue dans des solos périlleux. Tout indique donc que la tournée prochaine de l'orchestre est placée sous les meilleurs auspices !

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