Les mélomanes de Québec étaient conviés, mardi et mercredi soir, à un des grands rendez-vous choraux annuels offerts par Les Violons du Roy et La Chapelle de Québec, un genre d'événement que nous attendons toujours avec impatience tellement les deux ensembles nous ont habitué à un niveau d’excellence hors du commun. Nos espoirs n’ont pas été déçus. Revenant de New York, où ils ont fait un véritable malheur au Carnegie Hall dans le Requiem de Mozart et la Messe Nelson de Haydn avec l’Orchestra of St. Luke’s, Bernard Labadie et la Chapelle ont repris la seconde œuvre avec l’orchestre en résidence du Palais Montcalm. Ils y ont ajouté la magnifique Messe du couronnement de Mozart, à l'intérieur de laquelle a été ajouté l’Ave verum corpus en guise d’offertoire. On ne peut que souligner la pertinence de ce couplage, qui a le mérite d’associer à la dramatique Nelson la lumineuse partition de Mozart.

Bernard Labadie © Dario Acosta
Bernard Labadie
© Dario Acosta

Le chœur a été la véritable vedette de la soirée. Il fallait entendre le magnifique unisson du début du « Kyrie » de la Messe Nelson, d’une justesse exemplaire. Si l’on excepte quelques épisodes – le « Gloria » du Haydn par exemple – où certains ténors ont eu tendance à trop pousser la voix, l’ensemble sonnait toujours avec une formidable plénitude, que ce soit dans les tutti – le début du Mozart ou le « Hosanna » du Haydn – ou dans les passages où certains pupitres étaient plus à découvert. Comme toujours, les sopranos ont fait excellente figure avec des aigus d’une impressionnante pureté, que l’on pense seulement au « Gloria » du Haydn. La disposition en demi-cercle autour de l’orchestre n’est évidemment pas étrangère à cette cohésion du chœur. Augmentés de nombreux surnuméraires, Les Violons du Roy ont été parfaitement à la hauteur, avec la participation substantielle des virtuoses Benjamin Raymond et Marianne Boies à la trompette, qui ont conféré plus de mordant à la sonorité de l’orchestre.

Au sommet de sa forme, Bernard Labadie a montré qu’un chef n’est pas obligé de toujours filer à toute allure. S’il donnait souvent à sa direction un judicieux allant, comme dans le « Kyrie » de la Messe du couronnement, il a également fait preuve d’une juste retenue dans l’ « Agnus Dei » de Mozart ou le « Et sepultus est » de Haydn. L’Ave verum corpus a été quant à lui livré avec un tempo idéal, ce qui a permis au chef de sculpter de longues phrases au chœur, qui a chanté l’œuvre presque dans un seul souffle.

La soprano préalablement à l’affiche, la Montréalaise Kimy McLaren, a été remplacée in extremis par Karina Gauvin pour des raisons de santé. Trouver un chanteur pour remplacer à pied levé est toujours un défi certain, surtout quand il s’agit d’assurer l’équilibre d’un quatuor de solistes. Bien que nous ayons un – gros – faible pour la voix de Mme Gauvin, celle-ci n’était néanmoins peut-être pas la partenaire idéale pour chanter aux côtés de solistes d’un calibre inférieur en termes de volume sonore. Impériale dans la redoutable Messe Nelson, elle semblait toutefois moins à l’aise dans le Mozart, qu’elle paraissait manifestement moins maîtriser. Bien que nettement moins sollicités, la mezzo-soprano Mireille Lebel et le baryton-basse Neal Davies ont réalisé un sans-faute. Le second a fait preuve d’un honorable raffinement dans le « Gloria » de la Messe Nelson, avec une voix jamais forcée. Notre seule déception concerne le ténor anglo-canadien Lawrence Wiliford. Actif sur la scène baroque nord-américaine, le chanteur possède une voix chevrotante qui a tendance à trop ressortir au sein du quatuor. Il serait assurément plus à sa place dans la mélodie ou dans des rôles de ténor de caractère comme Crespel ou Monostatos.

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