Anne Collod a créé Moving Alternatives pour six danseurs en explorant les différentes facettes de l'esthétique chorégraphique de Ruth Saint-Denis, grande pionnière de la danse postmoderne, et de son époux, le danseur Ted Shawn. Cette source d’inspiration, extrêmement riche, entraîne les danseurs dans un questionnement sur les sources de créations artistiques qui, ce soir, s'avèrent passionnantes.

<i>Moving Alternatives</i> d'Anne Collod © Jacques Hoepffner
Moving Alternatives d'Anne Collod
© Jacques Hoepffner

Sur un plateau structuré simplement par des projecteurs au sol de la Grande Halle de La Villette, les six artistes évoluent, changent régulièrement de costumes au fil des réflexions et se regardent danser les uns les autres, interviennent au micro ou dansent en groupe. Ils ne manquent pas d’interpréter des passages chorégraphiés par Ruth Saint-Denis, ce qui ancre la pièce dans une perspective historique et mémorielle des plus intéressantes : le mythique solo Incense est notamment mis en scène et recréé par Anne Collod. L’aspect spirituel des danses de Ruth Saint-Denis est particulièrement souligné de même que sa fascination pour l’Egypte et l’Inde, ce que l’on retrouve dans les costumes des artistes qui revêtent à plusieurs reprises des grands tissus chatoyants ou de longues jupes. Si le décor est sobre, le nombre de costumes et de tissus dont se drapent les danseurs est impressionnant et permet l'évocation d'une quantité de thèmes différents : l’orientalisme, le kitsch, la sobriété, la richesse, la distinction entre masculin et féminin…

Le charisme des artistes participe grandement à la réussite du spectacle. Shantala Shivalingappa exécute par exemple un magnifique solo de danse indienne avant de prendre le micro et de s’interroger : est-ce Ruth Saint-Denis qui a influencé la danse indienne ou l’Inde qui aurait inspiré l’artiste ? Loin de magnifier la chorégraphe, ce spectacle pose plutôt des questions. Un danseur parle même d’un solo que Ruth Saint-Denis aurait plagié d’après des mouvements d’un autre homme qui, étant travailleur étranger immigré, a perdu le procès qu’il avait alors intenté. Les mouvements de la chorégraphe sont étudiés au même titre que sa réception auprès du public et dans la postérité. Anne Collod ne se contente donc pas de placer des références mais nous immerge dans cette histoire de la danse, en nous interrogeant sur les influences artistiques, leur impact sur le futur et, en l'occurrence, sur le mouvement contemporain actuel.

<i>Moving Alternatives</i> d'Anne Collod © Jacques Hoepffner
Moving Alternatives d'Anne Collod
© Jacques Hoepffner

La question du « genre » de la danse revient à plusieurs reprises pendant le spectacle : essayant de dépasser les clichés attribués au corps masculin et au corps féminin, Anne Collod n’hésite pas à faire se déhancher les hommes et à montrer les muscles des femmes qui contractent leurs biceps. Les six artistes s’expriment aussi dans les mêmes pas et avec une énergie parfaitement unie à plusieurs reprises. La pièce veille aussi bien à mettre en avant chaque personnalité qu’à présenter un groupe au vocabulaire commun.

Anne Collod imprègne donc ce spectacle d’une danse profondément libératrice et ouverte au monde, en utilisant intelligemment des extraits de pièces de grands chorégraphes talentueux et engagés (comme Pina Bausch ou encore Lia Rodrigues). Chaque artiste présent sur scène propose aussi son langage chorégraphique. Une profusion de styles nous est ainsi dévoilée, nous laissant entrevoir les influences et les richesses du mouvement d’aujourd’hui grâce aux voyages, aux partages et aux dialogues humains et artistiques.

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