Le Nederlands Dans Theater 2 est la compagnie junior du Nederlands Dans Theater ; elle prépare ainsi les danseurs à rejoindre ensuite le Nederlands Dans Theater 1. Les jeunes danseurs sont ici exceptionnels et interprètent avec brio les œuvres d’Alexander Ekman, Marco Goecke, Sol León et Paul Lightfoot sur la scène du Théâtre National de Chaillot.

<i>FIT</i> d'Alexander Ekman © Rahi Rezvani
FIT d'Alexander Ekman
© Rahi Rezvani

FIT d’Alexander Ekman est une pièce très vivante où le rythme est omniprésent. Les dix-huit danseurs se font ainsi entendre par les respirations, les chuchotements, les cris, les chants, les rires, les pieds qui frappent le sol. Le mouvement est issu de la musicalité créée par les corps. Cette harmonie des sons et des mouvements met en évidence toute les possibilités du corps humain : les danseurs sont habités par une expressivité totale, des cils jusqu’aux orteils. Leur implication est exceptionnelle et demande également un véritable travail d’acteur, dans l’utilisation des mouvements du visage, qu’ils endossent sans aucun problème.

Alexander Ekman s’interroge ici avec un regard fin et amusé sur la place de chacun dans la société. Cela passe déjà dans les costumes atypiques qui créent une atmosphère décalée : les hommes sont en jupons longs façon tutu, deux danseurs dansent en slip jaune et lunettes de plongée noires. Dans le corps, cela s’exprime de manière très variée : les danseurs imitent des oreilles d’animaux, s’animent avant de s’arrêter telles des statues, se déhanchent ou secouent la tête. Le chorégraphe suédois exploite toutes les facettes du corps humain et s’intéresse avec humour à tous les gestes et toutes les situations possibles ou impossibles. Une pièce sensible et personnelle interprétée avec beaucoup de justesse par les jeunes danseurs du NDT 2 qui font déjà preuve d'une maturité artistique impressionnante ! Boston Gallacher et Eve-Marie Dalcourt, qui ont tous deux des moments de solistes très théâtraux et physiques, sont particulièrement extraordinaires dans l’accomplissement de cette chorégraphie.

<i>Wir sagen uns Dunkles</i> de Marco Goecke © Rahi Rezvani
Wir sagen uns Dunkles de Marco Goecke
© Rahi Rezvani

Après un premier entracte, la compagnie danse Wir sagen uns Dunkles de Marco Goecke dans une lumière sombre et confinée qui nous emmène dans un tout autre univers. Sur une musique mixte et inspirante allant de Schubert à Placebo, les onze danseurs exécutent des mouvements rapides avec une qualité de corps tout à fait unique. La tension des corps est palpable et s’entend par la respiration hachée ou le frémissement des pantalons dont les pompons scintillants s’entrechoquent. Les avant-bras sont soumis à des mouvements complexes aux énergies fragmentées et les mains semblent s’agripper ou se crisper. Cette dynamique singulière révèle toute une vie inquiétante dans une esthétique de l’horreur parfaitement maîtrisée : des rires maléfiques enregistrés vont jusqu’à éclater lorsqu’une danseuse ouvre la bouche de manière terrifiante. Les gestes torturés et le travail des visages parfois semblables à des masques de théâtre évoquent la peur, la violence, l’incompréhension. Cette pièce fascinante crée une atmosphère hors du temps qui nous happe dans l’au-delà.

<i>Signing Off</i> de Sol León et Paul Lightfoot © Rahi Rezvani
Signing Off de Sol León et Paul Lightfoot
© Rahi Rezvani

Troisième et dernière pièce de la soirée : Signing off de Sol León et Paul Lightfoot, directeurs artistiques du NDT. L’œuvre est composée à partir d’une musique de Philip Glass. La scénographie utilise des pendrillons noirs qui coulissent et encadrent les danseurs dans un espace intime où tout n’est pas toujours visible. Six danseurs, vêtus de noir ou de blanc, se déploient dans cet espace avec lyrisme : développés et portés s’enchaînent avec fluidité et grâce. Alors que la chorégraphie de Goecke proposait des mouvements de replis sur soi et d’introspection, il est intéressant de voir ici un vocabulaire au contraire tourné vers l’extérieur et vers les airs. Dans les duos, chaque danseur semble utiliser le corps de l’autre pour s’élever et s’étirer au maximum. La lumière ténue est cependant intimiste et confère à l’œuvre une atmosphère à la fois mystérieuse et solennelle. Les danseurs ont une présence véritablement magnétique et interprètent avec beaucoup de charisme cette magnifique chorégraphie.

Cette soirée réunit donc trois chorégraphies très réussies dont les esthétiques sont très différentes et les atmosphères complètement envoûtantes. Extraordinairement impliqués, les danseurs du NDT portent à la perfection ces trois œuvres pourtant complexes : une des meilleures soirées de la saison chorégraphique parisienne, sans aucun doute !

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