Les Amis de l’orgue de Québec recevaient dimanche après-midi l’Italien Davide Paleari, un nom qu’il faudra retenir. Surtout actif en Italie et en Suisse, le jeune musicien s’est présenté à la tribune de l’église Saints-Martyrs-Canadiens avec un programme d’œuvres composées au tournant du XXe siècle par de grands noms de l’école symphonique française (Guilmant, Vierne et Widor), en plus d’une transcription de l’Imperial March de Elgar et d’une curiosité du compositeur italien Oreste Ravanello, successeur de Bossi au Conservatoire de Venise. 

On constate rapidement que Paleari n’est pas un néophyte dans ce répertoire. Il possède l’assurance du concertiste rompu aux plus périlleux exercices. Le port altier, les doigts bien déliés, l’organiste joue avec assurance et application en manœuvrant seul les multiples commandes de l’imposant instrument du facteur Casavant. Techniquement, le musicien réalise à peu près un sans-faute, si l’on excepte une manipulation quelque peu approximative de l’expression du Récit, qui a souvent tendance à être ouverte trop brusquement. 

L’organiste se distingue également en ce qui a trait aux registrations, notamment dans le Thème et variations en si mineur de Ravanello, où le choix des jeux a été fait avec soin, que l’on pense seulement à la « Pivetta » (Variation VIII), dans laquelle il utilise la voix humaine au lieu de suivre l’indication demandant un hautbois. Dans la musique symphonique française, Paleari fait preuve du même raffinement, les tuttis ne sonnant jamais forcés, et les mélanges plus doux étant réalisés avec goût, comme dans le « Scherzo » de la Symphonie n° 2 de Vierne, où il choisit un assortiment de petites mixtures parfaitement adapté à l’instrument néo-classique qu’il a sous les doigts. 

Mais Paleari n’est pas qu’un exécutant. Dans les mouvements lents – les deuxièmes mouvements de la Sonate n° 7 de Guilmant et de la Symphonie n° 2 de Vierne par exemple –, c’est un chanteur qu’on entend. Dans les mouvements rapides comme l’« Allegro » du Vierne ou le finale de la Symphonie n° 7 de Widor, sa fougue toute latine suscite immédiatement l’adhésion. Seules la progression précédant la réexposition dans l’« Allegro » de Vierne et la première partie du Scherzo symphonique de Guilmant manquaient à notre sens d’animation.

Sur le plan stylistique, le jeu de l’interprète appelle à notre sens de légères réserves. Tout le sel de cette musique réside dans le legato, que Paleari réalise admirablement bien dans les mouvements lents, mais qui apparaît quelque peu déficient dans les mouvements rapides, tel l’« Allegro » de Vierne, où certaines doubles-croches n’ont pas le temps de chanter pleinement. De la même manière, les passages marcato n’ont parfois pas tout le poids sonore nécessaire, notamment dans l’Imperial March d'Elgar ou dans certains passages du Ravanello. Ces quelques bémols n’enlèvent rien à cette prestation qui a reçu les vivats bien mérités du public québécois.

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