Condensée sur dix jours, la 71e édition du festival de Menton n’aura pas démérité en termes de programmation, à en croire Bertrand Chamayou, Renaud Capuçon ou William Christie, qui se sont tour à tour succédé sur la scène du parvis Saint-Michel. Dans l’optique de brillamment clôturer sa cuvée 2020, le festival a fait appel au rayonnant quatuor Hermès, accompagné de l’imprévisible Alexandre Kantorow au piano. Retour sur une soirée placée sous le signe du paradoxe, entre puissance et douceur.

Quatuor Hermès avec Alexandre Kantorow
© Catherine Filliol

21h30, le soleil ardent ayant œuvré toute la journée durant, laisse place à un ciel stellaire et éthéré. Ce décor naturellement aménagé constitue de la sorte une véritable invitation à la rêverie, se devant d’être sublimé par un programme profond et recueilli. Ainsi se caractérise la première pièce proposée ce soir, le mystique Quatuor Rosamunde n°13 de Franz Schubert.

Dès le départ, on observe une subtile homogénéité entre les musiciens : les mélodies sont chantantes, les accords unanimement tragiques. Entre motifs suspensifs et déclamation de thèmes populaires, la réalisation est fraîche et spontanée. Au fil des mouvements, le violoncelle de Yan Levionnois apparaît plus affirmé, arborant des coups d’archet amples et francs. Une vaste maîtrise et une certaine confiance transparaissent du jeu de l’instrumentiste. L’ensemble se traduit par une large tendance à la confidentialité, pleinement en accord avec l’esprit de l’œuvre.

Alexandre Kantorow
© Catherine Filliol

L’épisode central, composé des Quatre ballades, op.10 de Johannes Brahms, marque l’entrée en scène du plus jeune interprète invité sur la scène du parvis, Alexandre Kantorow. Inspiré, le pianiste s’attache à faire vibrer la partition de celui qu’il considère comme « son compositeur préféré ». On perçoit alors le soliste en pleine introspection : l’artiste incarne la musique à travers une gestuelle fluide et sensible. Tout son corps est mis à contribution ; ses avant-bras et poignets sont engagés et son ossature dorsale se meut au gré des inflexions du mouvement. Bien que quelques passages vigoureux semblent parfois légèrement manquer de puissance, Kantorow communique avec grande expressivité, sans dureté. On admire tout particulièrement sa capacité à bondir de climat en climat, le tout dans un calme et une concentration extrêmes.

Quatuor Hermès
© Catherine FIlliol

Le bouquet final du spectacle réside en l’interprétation de l’énergique Quintette pour piano et cordes, op.34 de Brahms. L’équilibre entre les timbres est bien rodé, aucun ne semble chercher à prendre le dessus. Au cœur du quatuor, le premier violon d’Omer Bouchez se distingue par sa large palette de vitesse de vibrato, tantôt resserré, tantôt large et lent. Elise Liu (second violon), brille quant à elle par son phrasé élégant et mesuré. Sa gestion des nuances est particulièrement fine, spécifiquement dans les longues lignes pianissimo. Enfin, l’alto de Lou Chang affiche une technique homogène, limpide et contrôlée.

Dès les premières mesures, les cordes frottées insufflent au pianiste une dynamique nouvelle ; ce dernier s’engage alors vers des rythmes précis, des accords puissants et un relief de dynamiques indéniablement appréciable. La pièce se termine par un rendu triomphant, les musiciens ayant atteint la plénitude de leurs moyens.

Malgré quelques imprécisions lors des plages rapides, fraîcheur et cohésion auront su s'affirmer comme principes directeurs de ce concert au clair de lune.

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