Outre la découverte de jeunes talents, le Festival de Menton donne chaque année rendez-vous à de grands habitués. Parmi eux, Renaud Capuçon, neuf fois invité, se rapproche inexorablement du record actuellement détenu par Fazıl Say. Également coutumier des lieux, Bertrand Chamayou signe quant à lui sa quatrième participation au festival. Se produisant ordinairement en tant que solistes, les deux comparses ont choisi cette année de partager pour la première fois la scène du parvis Saint-Michel autour d’un programme explorant l’effusion romantique de la sonate française.

Renaud Capuçon et Bertrand Chamayou à Menton
© Ville de Menton / C. Filliol

21h30. C’est aux confins d’une journée caniculaire que se déroule le concert du soir. Brise légère, effluences marines et éclairage aux couleurs chaudes accompagnent les propositions sonores des interprètes virtuoses. Le concert s’ouvre sur la Sonate n° 1 de Ravel, œuvre de jeunesse dont l’écriture cherche le subtil équilibre entre violon et piano. Dès les premières mesures, l’absence d’amplification des instruments instaure un cadre intimiste, pleinement propice à la confidence. Soigné, le jeu des instrumentistes mêle délicatesse, élégance et douceur. Le piano aux notes perlées converse avec les harmoniques aigus exécutés de manière homogène par le violoniste. Les questions-réponses entre les deux instruments s’enchaînent au gré de la succession des climats, dont les transitions sont particulièrement travaillées. Ce choix interprétatif a pour conséquence de souligner davantage la continuité de la forme plutôt que ses ruptures internes.

Renaud Capuçon et Bertrand Chamayou à Menton
© Ville de Menton / C. Filliol

Le concert se poursuit avec la Sonate n° 1 de Fauré, dont la composition alterne passages poignants et brillants. Jamais violent, l’accompagnement de Chamayou insuffle les bases dynamiques sur lesquelles navigue la mélodie de Capuçon. Les phrases musicales se succédant, on admire la régularité du geste vibratoire du violoniste. L’harmonie entre les timbres est constante, assurée aussi bien dans les moments graves que dans le scherzo aux allures légères. L’approbation du public est telle qu’il réhabilite momentanément la coutume souvent décriée d’applaudir entre les mouvements. Une complicité évidente émane de l’attitude des deux hommes qui s’adonnent à de franches poignées de mains renforcées d'accolades sincères.

Après le nécessaire réaccordage du piano qui subit les effets du taux d’humidité élevé caractéristique du climat de la Côte d’Azur, place à la Sonate n° 2 de Ravel, bien connue pour son deuxième mouvement aux couleurs bluesy. L’introduction légère laisse rapidement place à des motifs articulés, au coup d’archet fluide et certain. Bercé par les lignes chantantes de la partition, on admire tout autant la clarté de l’enchaînement des différentes textures relevant tantôt de cellules vocales, de trémolos flûtés ou encore de gammes piquées. Le Blues instille un caractère dansant habillé d’accents et de glissandos bien soutenus. L’agitation s’empare peu à peu des corps des musiciens, adoptant chacun un balancement grandissant. Le finale approchant, les gestes des artistes se font de plus en plus amples, la sonorité plus intense encore.

Renaud Capuçon et Bertrand Chamayou à Menton
© Ville de Menton / C. Filliol

La représentation se termine sur la Sonate n° 1 de Saint-Saëns, dont les interprètes soulignent la variété de la courbe de nuances à l’échelle de la phrase. Faisant preuve d’un engagement redoublé à chaque instant, les virtuoses multiplient les ornements dans leurs mélodies au tempo rapide. On apprécie également la tournure spectaculaire qu’embrasse la seconde partie de la pièce : le pianiste ponctue l’exécution des gammes de l’ouvrage par d’énergiques levers de jambes. Mû par une verve similaire, Capuçon rythme ses pirouettes techniques en frappant régulièrement du pied. La conclusion résolue et enthousiaste viendra clôturer la soirée, acclamée de mille bravos.

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