C’est presque en s’excusant que la trompettiste Lucienne Renaudin-Vary, révélation aux Victoires de la musique 2016, entre sur scène. Campée au milieu de l’orchestre, la menue musicienne de 19 ans piétine de nervosité – ou d’impatience? – sous sa large crinière brune pendant que le chef Mathieu Lussier introduit le Concerto de Haydn. Dès qu’elle porte son instrument à ses lèvres – qui ne semble qu’une simple extension de son corps –, elle semble soudain transfigurée, portée par une force plus grande qu’elle. Tout a l’air tellement facile ! L’émission, suprêmement maîtrisée, fait entendre un son flûté, à la fois centré et charnu. Son legato, dans le mouvement lent du Haydn notamment, ferait rougir d’envie n’importe quel chanteur. Côté virtuosité, la musicienne se joue des périls qu’elle rencontre, tels ces redoutables sauts d’intervalle dans le premier mouvement du Concerto de Hummel ou ces époustouflantes enfilades de notes dans le dernier mouvement de la même partition.

Lucienne Renaudin-Vary © Simon Fowler
Lucienne Renaudin-Vary
© Simon Fowler

La salle Raoul-Jobin, bien garnie pour ce rendez-vous d’exception (le fait que la presse ait déroulé le tapis rouge pour la trompettiste cette semaine n’est probablement pas étranger à une telle affluence), a réservé une ovation chaleureuse et bien méritée à l’issue du concert. Rien ne laissait toutefois présager ce qui allait se passer ensuite sur la scène. Sous les regards curieux des membres de l’orchestre, Lucienne Renaudin-Vary offre alors, en guise de rappel, un solo jazz semblant venir d’un autre monde. Un de ces précieux et rares moments en concert où le temps paraît suspendre son cours.

Mathieu Lussier mérite sa part d’éloges pour cette soirée. Si on apprécie son écoute et son efficacité dans les deux œuvres concertantes – le premier mouvement du Hummel contenait tout le pathos nécessaire –, c’est dans la Symphonie no 96, « Le miracle », de Haydn qu’on goûte pleinement les qualités du chef associé des Violons du Roy. Profitant d’un orchestre en grande forme, Lussier en livre une interprétation tonique et habitée, avec des tempos toujours judicieux et un finale virevoltant mettant en valeur les différents éléments de l’ensemble.

À côté du Haydn, la Symphonie en do majeur, « La prise de la Bastille », de Othon Joseph van den Broek, un musicien flamand ayant œuvré à Paris durant la période postrévolutionnaire (notamment comme corniste à l’Opéra et professeur au Conservatoire), est une intéressante curiosité. À mi-chemin entre le mouvement « Sturm und Drang » (courant artistique préromantique des années 1770) et les œuvres pour orchestre de Beethoven et Schubert, cette oeuvre de transition est une symphonie à programme pouvant sembler décousue par moments et quelque peu pauvre en idées musicales, mais qui propose des couleurs orchestrales audacieuses et des épisodes éminemment théâtraux. Le chef et l’orchestre ne déméritent point dans cette œuvre parfois exigeante pour certains pupitres.

Si on sent le chef constamment habité par le désir de dynamiser le discours (et c’est là une très grande qualité !), certains passages mériteraient toutefois une certaine détente expressive, notamment dans la partie liminaire de l’Ouverture de Così fan tutte ou dans le Grave introduisant la partition de Vandenbroek. Cette légère réserve ne remet cependant nullement en question le talent manifeste du musicien, maître d’œuvre d’une soirée de grande tenue.

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