Directeur musical du Festival de musique de Pontlevoy, en Val de Loire, le pianiste François Chaplin a proposé le concert inaugural de la 34e saison, le 17 juillet dernier. Accueilli au Manège de l'Abbaye, architecture lumineuse couronnée d'un plafond de bois soutenu par des poutres d'une impressionnante portée, le Trio Chausson a fait vibrer le public grâce à une interprétation pleine d'intelligence, de sensibilité, de dextérité, du Trio pour piano en sol mineur op. 8 de Chopin et du Trio en la mineur, op. 50 de Tchaïkovski, réunis sous le vocable : « Le Romantisme en Trio ».

Le Trio Chausson © Festival de Pontlevoy
Le Trio Chausson
© Festival de Pontlevoy

En prélude, Matthieu Handtschoewercker (violon), Antoine Landowski (violoncelle) et Boris de Larochelambert (piano) ont donné l'Introduction et Polonaise brillante en Do Majeur, Op. 3 pour piano et violoncelle de Chopin. La transcription pour trio par Boris de Larochelambert instaure de subtils échos entre les deux cordes. On admire la riche complicité entre elles, enveloppées par une partie de piano virtuose colorant le thème introductif puis la polonaise elle-même, au fil de larges gammes fluides et cristallines d'une étonnante célérité. Le thème de la polonaise et ses développements sont enlevés avec entrain, le pianiste semblant sans cesse relancer le jeu, ornementant les phrases, assurant les transitions. Les cordes – aux attaques et à la cohésion sans faille – impriment un tempo fougueux, doublé de la belle expressivité épurée du violon et d'un violoncelle aux graves tressaillants. Toutefois, les qualités du Trio Chausson rencontrent au début du concert une acoustique un peu sèche ; les instrumentistes s'y adaptent cependant peu à peu, sachant, en définitive, faire sonner brillamment cordes et piano, consacrant à la fois leur technique et le potentiel d'une authentique salle de concert.

Les trios pour piano de Chopin et de Tchaïkovski associent deux compositeurs à des âges différents de leur existence : l'Opus 3 du premier a été composé par un jeune homme de 18 ans, plein d'allégresse, ébauchant ses thèmes à venir tandis que l'Opus 50 du second, œuvre de maturité, constitue une pièce d'exécution complexe, riche de thématiques, d'harmonies, de nuances saisissantes. Le premier mouvement du trio de Chopin permet au public d'apprécier parfaitement l'art avec lequel le talent de chaque interprète est mis au service à la fois de sa propre partie et de l'ensemble. Chaque instrument prend, notamment à partir de la première reprise de l'introduction, un relief où le détail devient essentiel : des coups d'archet d'une netteté et d'un engagement énergique et joyeux aux brillantes saillies du piano. Cet « Allegro con fuoco » enthousiasme un public qui ne peut retenir ses applaudissements.

Le « Scherzo », singulièrement legato mais très dansant, ayant quelque chose d'une mazurka, est exécuté avec une passion communicative. Le troisième mouvement, le plus court, n'est pas le moins dense. Son largo inspiré et ses nuances sont rendus avec soin, culminant dans une section finale marquée par un stupéfiant silence de plus de deux mesures avant une cadence à l'expression tout intériorisée, image du mouvement entier. Ouvrant le dernier mouvement, « Allegretto », Boris de Larochelambert donne au piano un éclat presque concertant, les cordes puissantes venant dialoguer avec lui. La mélodie simple, chantante, construite sur un rythme et un phrasé primesautiers, trouve dans le violon de Matthieu Handtschoewercker et le violoncelle d'Antoine Landowski la marque d'une grande fraîcheur.

Le Trio pour piano de Tchaïkovski, d'une autre nature, s'ouvre sur un thème élégiaque qui traversera l'œuvre dans sa première et sa dernière partie. Les Chausson conservent intactes les qualités déjà applaudies, en particulier le souci du détail, rendant particulièrement sensible la progression, ponctuée de plusieurs crescendo, du Moderato assai vers l'Allegro giusto au sein du premier mouvement. Les reprises du thème initial, au demeurant plus recueillies que funèbres jusqu'au pianissimo conclusif, sont particulièrement prenantes. Une intense émotion se dégage également de l'Adagio con duolo introduit de manière inspirée par le touchant solo de Matthieu Handtschoewercker.

Parmi les variations constituant la deuxième partie, sur un thème énoncé avec délicatesse au piano, l'ébouriffant Scherzoso (variation III) illustre bien la cohésion et la virtuosité des trois concertistes. Ces qualités sont également manifestes au long des autres variations avec, toutefois, un peu trop d'emphase dans la cadence finale de la variation VII et un manque (certes minime) de légèreté dans la fugue au reste tout en virtuosité (variation VIII). L'ultime variation est d'une finesse accomplie. La dernière partie de l'œuvre est extraordinairement contrastée entre la reprise con fuoco du thème d'ouverture vigoureusement et admirablement rendue et la marche funèbre finale dont les toutes dernières notes murmurées au piano laissent le public comme pétrifié, un moment de silence absolu s'écoulant avant les applaudissements.

En bis, le Trio Chausson adresse brillamment et chaleureusement son au revoir au public à travers le troisième mouvement du Trio pour piano Hob.XV.27 de Haydn.

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