Le premier concert de l’Orchestre de Pau Pays de Béarn pour la saison symphonique 2019-2020 avait des airs de rentrée inaugurale. Il est en effet coutume, en temps de reprise, d’annoncer les grandes orientations de l’année. Le programme de cette première soirée était construit de la sorte, éclairé par la traditionnelle prise de parole en début de soirée de Fayçal Karoui, directeur musical de l’orchestre de Pau depuis maintenant 17 ans.

Fayçal Karoui © JMD
Fayçal Karoui
© JMD

L’ouverture se place sous le signe de la musique nouvelle avec Hiatus et turbulences de Baptiste Trotignon (œuvre créée le 15 mars 2018). Cette première pièce rappelle la place notable donnée à la création contemporaine qui coexiste toujours avec les pièces plus anciennes dans la programmation de l'OPPB. Fayçal Karoui précise d’ailleurs dans son introduction que le jeune compositeur français sera sollicité à plusieurs reprises par l’orchestre dans la saison à venir, notamment à travers une commande prochaine (Move, un concerto pour trompette et orchestre).

L’œuvre montre le mélange des influences chères au compositeur, à l’image du rythme et de sa polyvalence, ce qui confère à l'ouvrage à la fois un aspect dépaysant et une sensation d’atmosphère connue. La partition semble équilibrée en tout point, amenant ici un peu de lyrisme aux cordes, là des accents jazz aux cuivres, une ambiance bucolique avec les flûtes ou encore martiale avec les percussions et certaines cellules rythmiques. Le langage est complexe, parfois teinté de voix parallèles en polytonalité, de faux rapports ou d’accords saturés, mais le tout reste toujours léger.

Cécilia Tsan livre ensuite une interprétation très personnelle du Concerto pour violoncelle en mi mineur d’Edward Elgar. La sonorité de son instrument est rugueuse, parfois à la limite de la saturation et des harmoniques parasites. Ce timbre brut n’est orné que par le vibrato et délaisse toute exacerbation romantique, exception faite du motif introductif solo. La virtuose enchaîne avec facilité les différents styles de jeux dans le premier mouvement, soupirant avec l’orchestre mais toujours en s’en distinguant. Le second mouvement est riche en émotion même s’il conserve un jeu toujours sans fioriture et le troisième permet à la soliste d’exposer avec succès sa technique grâce aux passages virtuoses exigés par la partition (doubles cordes, traits et démanchés très rapides). Comme annoncé par Fayçal Karoui, pas de rappel malgré un triple salut pour la violoncelliste.

À la reprise, l’orchestre nous fait voyager le long de la classique Moldau de Bedřich Smetana. Fayçal Karoui choisit un tempo relativement lent qui permet d’apprécier durablement les couleurs et les nuances voulues par cette visite tchèque. Au centre de la soirée, la pièce trouve un écho certain dans ce qui précède et ce qui suit, comme par exemple la place accordée aux percussions et leur mise en valeur (triangle, xylophone). Le chef palois lance les salves aquatiques et folkloriques avec un certain entrain, ouvrant sa main pour faire résonner le dernier accord de façon puissante et prolongée.

Enfin, pour clôturer la soirée, le choix des Variations et fugue sur un thème de Purcell de Benjamin Britten n’est bien évidemment pas anodin. La pièce, officiellement intitulée The Young Person’s Guide to the Orchestra, est en effet pour Fayçal Karoui le prétexte pour une double présentation : celle des instruments de l’orchestre et celle des musiciens de l’OPPB. Le maestro, qui aura d’ailleurs insisté longuement sur cette œuvre dans son discours introductif, lance rapidement le thème, le présentant non sans humour par famille d'instruments puis par pupitre. À l’issue du concert, il saluera chacun d’eux. Les objectifs sont donc annoncés : visiter des œuvres et des époques variées, en n’oubliant pas les créations de notre temps, et surtout rendre cette musique accessible et intelligible au plus grand nombre. Leçon retenue !

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